Ynsect veut démocratiser les insectes en bioraffinerie

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Jean-Gabriel Levon, président d’Ynsect.
Jean-Gabriel Levon, président d’Ynsect.

Article paru dans la revue Formule Verte n°15 / septembre 2013

La start-up française développe des bioraffineries utilisant des insectes au lieu de microorganismes en bioréacteurs. Ces systèmes vont permettre la production de produits pouvant avoir des applications industrielles en alimentation animale, en biomatériaux, en cosmétique ou encore en chimie verte.

Et si on remplaçait les microorganismes des bioraffineries par des insectes ? C’est ce que la jeune société innovante Ynsect espère dans un avenir très proche. Créée en 2011, cette start-up, composée à ce jour d’une équipe de 6 personnes (les 4 fondateurs et 2 salariés), a développé un procédé de biotechnologie utilisant des larves d’insectes.

Le principe de « l’entomo-raffinerie » est simple : utiliser la capacité de bioconversion des insectes pour produire des molécules d’intérêt, à l’instar d’une bioraffinerie classique avec ses microorganismes. Une unité automatisée de production de masse de larves est alimentée en matières organiques pour leur croissance. Une fois les insectes suffisamment prêts, ils sont abattus pour en extraire et purifier les ingrédients d’intérêt, qui pourront également être fonctionnalisés si nécessaire. Pendant le temps de croissance des larves, il est également possible de récupérer et de valoriser des coproduits issus de la production (déjections, mues des larves). « Ces larves d’insectes peuvent être source de matières à valeur ajoutée, comme des nutriments riches en acides aminés tels que la lysine, la cystéine, ou la méthionine et en acides gras (saturés et insaturés) ou encore du chitosan (ndlr : un polyoside) », précise Jean-Gabriel Levon, président d’Ynsect. La société Ynsect travaille actuellement sur deux espèces de larves : le Tenebrio molitor (un coléoptère) et l’Hermetia illucens (aussi connu sous le nom de mouche soldat). « Notre choix s’est porté sur ces espèces sûres et cosmopolites. Ainsi, si malgré toutes les précautions prises, une dissémination de quelques individus avait lieu, cela ne constituerait pas une menace pour les écosystèmes locaux ou pour les activités humaines. De plus, nous avons opté pour un bioréacteur fonctionnant sur la base de larves et non d’insectes adultes, car les larves ont un comportement grégaire, plus facile à manipuler dans des équipements industriels », indique Jean-Gabriel Levon.

Plusieurs marchés cibles potentiels

Les produits issus de ces raffineries d’insectes peuvent avoir des applications dans de nombreux secteurs industriels : alimentation animale, cosmétique, biomatériaux, biocarburants, etc. « Dans un premier temps, nous nous concentrons sur le marché de l’alimentation animale, car il s’agit d’un marché colossal en attente d’alternatives, en particulier pour les farines de poissons », explique Jean-Gabriel Levon. Avant de continuer : « À ce jour, la farine d’insectes est plus chère que celle de poisson, mais avec l’augmentation des capacités de production à échelle industrielle, il est possible de faire diminuer considérablement le prix pour le rendre compétitif ». À ce propos, Ynsect mène actuellement un projet national de R&D s’étendant sur la période 2013-2016. Doté d’un budget de 3,1 millions d’euros en partie financé par l’Agence nationale de la recherche, il a pour objectif de travailler à l’élaboration de farines issues d’insectes pour l’alimentation des poissons et des volailles. « À ce jour, la réglementation européenne considère les farines d’insectes comme des protéines animales, pouvant entrer dans le cadre de l’alimentation des poissons et des animaux de compagnie. Cependant, nous souhaiterions que le champ soit étendu à certains animaux d’élevage « pertinents » tels que les volailles afin de favoriser les investissements potentiels », soutient Jean-Gabriel Levon. Ce focus sur l’alimentation animale ne signifie pas que la société délaisse les autres marchés potentiels. Dans un avenir proche, elle veut également développer des produits pour d’autres secteurs, comme l’indique le dirigeant : « La chitine issue des carapaces des insectes pourrait trouver des applications dans le domaine des bioplastiques. Les lipides extraits de nos bioraffineries pourraient également intéresser les industriels des biocarburants, à l’instar des microalgues ».

L’objectif de la société Ynsect est de créer une technologie de rupture pour le scale-up pour optimiser le volume de production. « Cela passera nécessairement par l’automatisation des procédés. Nous travaillons également au screening de la biomasse entrante. Nous envisageons de tester des intrants tels que des coproduits issus de la filière de la sylviculture ou de l’agriculture », précise Jean-Gabriel Levon. Ynsect s’attache également à trouver d’autres espèces d’insectes qui permettraient d’optimiser la production. Pour cela, la société prépare une levée de fonds d’ici la fin de l’année. « Nous levons actuellement plusieurs centaines de milliers d’euros pour pouvoir développer davantage nos activités », indique Jean-Gabriel Levon. Si l’avancement de la R&D se passe comme prévu, Ynsect devrait construire une unité pilote à l’horizon 2014 et une unité de production d’une capacité d’environ 1 000 tonnes de production annuelle d’ici à 2016. Une fois les capacités industrielles installées, Ynsect souhaiterait générer un chiffre d’affaires compris entre 4 et 6 millions d’euros juste pour son activité de production. Ces revenus pourraient être complétés par le développement d’activités de prestation de services de la société : conseils en gestion de sites industrialisés d’insectes, traitement de déchets par « ento-valorisation », pollinisation, etc. Côté projets de R&D, Ynsect guette les appels à projets du prochain programme cadre de recherche de l’Union européenne « Horizon 2020 », portant sur la période 2014-2020.

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