Une place timide du biosourcé sur le salon FIP Solution Plastique

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Il fallait un peu fouiller dans la liste des exposants au salon FIP Solution Plastique (13-16 juin à Lyon Eurexpo), pour trouver des fournisseurs de bioplastiques. Et pour cause, le salon est surtout dédié aux plasturgistes.

Ces derniers, dans leur grande majorité, continuent à raisonner « plastiques fossiles ». Ces produits répondent parfaitement à leurs cahiers des charges à des coûts forcément plus compétitifs en période de prix du pétrole bas. « L’industrie française est à l’écoute mais elle n’est pas prête car ces produits coûtent cher. Les industriels sont habitués aux thermoplastiques pétrochimiques et attendent les mêmes propriétés de produits biosourcés » résumaient un distributeur.

Des compounders qui misent sur la biodégradabilité

Jean-Pierre Le Flanchec, directeur commercial et marketing Europe de Biotec.

Pour autant, quelques courageux s’étaient glissés dans les allées, à commencer par la société allemande Biotec appartenant au groupe Sphere. Cette société est un « compounder » qui a développé le bioplastique Bioplast. Sa formulation a la particularité de pouvoir être adaptée à applications souples ou rigides, plutôt pour des applications films fins ou épais. Jean-Pierre Le Flanchec, directeur commercial et marketing Europe, explique que dans ce cas tout le savoir-faire de Biotec repose sur sa faculté à pouvoir mélanger différentes matières premières biosourcés. Matières agricoles telles que de l’amidon ou de la fécule de pomme de terre, polymères biosourcés comme du PLA, PHA, ainsi que certains produits d’origine fossile pour apporter parfois des fonctionnalités manquantes (type souplesse ou résistance mécanique). Si les applications sont potentiellement variées, Jean-Pierre Le Flanchec salue la loi sur la transition énergétique qui impose désormais l’usage de sacs fruits et légumes et de films de routage partiellement biosourcés, avec des contenus en croissance sur les prochaines années. La vaisselle jetable est également visée par cette réglementation. On notera que pour tous ces produits, c’est biodégradabilté et la compostabilité au sens de la norme EN 13 432 qui sont visées. « Est-ce pertinent d’utiliser une matière fossile et non recyclable pour un produit dont l’utilisation ne durera que quelques jours » explique Jean-Pierre Le Flanchec, insistant sur le fait que matières fossiles et biosourcés ne sont pas concurrentes, mais complémentaires.

Sandra Martin, gérante de Futuramat.

Venue de la Vienne, la société Futuramat est un autre compounder de matériaux biosourcés. Sa spécialité se situe davantage dans le secteur agricole où elle va fournir des granules pour la fabrication de clips à tomates, d’agrafes de vigne, de pots horticoles… Pour ces applications, la biodégradabilité est une fonctionnalité exigée. « Les agriculteurs ont déjà beaucoup de déchets végétaux à gérer. Tous ces petits accessoires vont pouvoir être traités de la même façon » explique Sandra Martin, gérante. D’autres applications étaient présentées sur le stand comme la vis de paillage ou la dosette de café. Futuramat travaille également sur toutes sortes de matières premières – biomasses agricoles, biopolymères et produits fossiles – pour proposer des résines contenant au minium 50% de carbone végétal, sachant que ce ratio peut grimper jusqu’à 100%.

Guillaume Beauvais, responsable technico-commercial de Végéplast.

Avec la société tarbaise Végéplast, on entre dans l’univers du 100% biosourcé. Inventeur de la capsule compatible Nespresso en 2010, Végéplast faisait la promotion de ses éco-capsules que le consommateur peut désormais remplir avec son propre café. Ces capsules sont d’ailleurs en vente sur le site ecocapsule.fr. Si la société ne dévoile pas la composition de ses capsules, elles sont à coup sûr à 100% biosourcées, biodégradables et compostables. Quant aux matières travaillées par la société, elles peuvent contenir 0% de polymères, grâce à l’usage d’amidon, de fibres, de protéines ou de lipides. C’est d’ailleurs sur un brevet fondateur pour une matière première exempte de polymère biosourcé que la société a été créée. Outre les capsules de café, parmi les autres secteurs d’activités dans lesquels la société est engagée, Guillaume Beauvais, responsable technico-commercial, cite les barquettes alimentaires, les couverts jetables, les cosmétiques ainsi que l’horticulture.

Un engagement payant dans l’innovation pour Natureplast

Thomas Lefèvre, directeur général de Natureplast.

De son côté, la société Natureplast, installée dans le Calvados, continue à présenter ses activités de compoundage. Sa particularité repose sur sa capacité à proposer une très large gamme de polymères biosourcés (ou partiellement biosourcés) biodégradables ou non avec des structures aussi diverses que du PLA, du PHA, du BioTPE, du PE, du PET, du PA, du PBS… Thomas Lefèvre, directeur général, l’affirme : « Nous avons accès à la quasi-totalité des matériaux qui existent et nous les modifions et adaptons par la suite ». Pour l’instant la capacité de production de compounds de l’entreprise est celle d’un « gros labo » ». Mais Thomas Lefèvre annonce la mise en service, d’ici à la fin de l’année, d’une nouvelle ligne d’extrusion (jusqu’à plusieurs tonnes de matière). A l’étude pour l’année prochaine, l’installation d’un compounder industriel et/ou d’un broyeur/sécheur pour le traitement de co-produits.

Mais la grosse innovation de Natureplast, c’est une toute nouvelle gamme de matériaux qui utilisent des charges élaborées à partir de déchets : déchets agricoles, coquillages, liège, algues… « Nous avons d’ores et déjà réalisé un couteau de luxe pour le domaine du nautisme, des brosses à dents pour La Brosserie Française qui est le dernier fabricant français de brosses à dents. Nous sommes en discussion avec deux sociétés de lunettes et nous avons de la R&D en cours pour les domaines de l’horlogerie et de la cosmétique » ajoute le dirigeant. Natureplast est par ailleurs partenaire du programme européen Urbiofin, sur la valorisation de déchets solides notamment en PHA. Programme qui a été lancé en ce mois de juin. Pour soutenir tous ces projets, la société s’est agrandie. « Nous sommes passés de 4 à 7 personnes en 6 mois, avec 5 personnes en R&D et 2 commerciaux » a ajouté Thomas Lefèvre.

Du biosourcé chez les distributeurs…

A côté de ces « pure players » des matériaux biosourcés, quelques distributeurs annonçaient aussi des produits biosourcés dans leurs gammes. C’est le cas de la société allemande Albis qui faisait notamment la promotion de Technaro, un producteur allemand de compounds biodégradables et compostables à base de lignine. Par exemple son produit Arboform est un mélange de lignine, de fibres naturelles (lin, chanvre ou autre) et d’additifs naturels, un mélange qui peut ensuite être mis en forme comme un thermoplastique.

Chez Polymix, distributeur français basé à Colmar depuis 35 ans, on a fait l’effort de structurer une offre. Mais un ingénieur commercial remarque que les applications en injection n’intéressent pas spécialement le marché qui est plutôt en train de se tourner vers le film en lien avec les exigences de la loi sur la transition énergétique. En revanche, la gamme de plastiques recyclés de Polymix rencontre beaucoup plus de succès.

… et chez les fournisseurs d’additifs

Le stand Croda sur FIP Solution Plastique.

Pour finir, signalons la présence de la société Croda, société britannique largement implantée en France avec trois sites de production, qui propose une large gamme d’additifs de spécialités issus de l’oléochimie et qui part ce biais affichent toujours une part de biosourcé. Kevin Bozec, coordinateur marketing, met l’accent sur Incroslip SL, un agent glissant à 88% biosourcé. Efficace à partir d’un taux de seulement 0,5%, ce produit apporte un pouvoir « glissant » à la fois dans les phases de procédés, mais également lors de démoulages ou même dans le toucher final du produit. La nouveauté est que cet additif, sorti il y a deux ans, vient d’obtenir un agrément Food Contact pour l’Europe. C’est grâce à ce type de produit que l’on peut ouvrir le bouchon de sa bouteille d’eau minérale sans qu’il y ait de blocage.

 

 

 

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