Un nouveau site Internet dédié à la bioéconomie

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Claude Roy est Membre du Conseil Général de l'Agriculture et président du Club des bioéconomistes.
Claude Roy est Membre du Conseil Général de l’Agriculture et président du Club des bioéconomistes.

Le recours à la biomasse et à la « bioéconomie », qui avait fondé la civilisation humaine pendant près de 5 000 ans jusqu’à l’avènement des énergies « fossiles » au 19ème siècle, est redevenu effectif et dynamique pour nombre d’entreprises et de professions depuis une vingtaine d’années. La biomasse assure ainsi une part croissante des approvisionnements actuels des industries des matériaux, de la chimie, de l’énergie et des carburants (env. 5%). On en prévoit le doublement dans 10 ans !

Toutes les valorisations de la biomasse génèrent des filières variées et sobres, riches en emplois, en valeur ajoutée et vertueuses face au changement climatique. En outre, contrairement au pétrole, les bio-filières financent durablement le renouvellement des ressources naturelles qu’elles transforment… Et ces bio-filières se diversifient, en dehors même des industries agro-alimentaires :
– Les matériaux « traditionnels » (bois-matériau, pâtes et papiers, panneaux et bois reconstitués, textile, caoutchouc, etc.)
– Les « néo-bio-matériaux » (bio-plastiques, bio-composites fibreux, etc.) qui seront appelés à concurrencer à terme la plupart des matériaux actuels, trop « énergivores » (plastiques, acier, aluminium, fibres minérales, et même béton …).
– Les « bio-molécules » de la « chimie du végétal » (solvants, lubrifiants, tensioactifs, polymères, intermédiaires chimiques, etc.) qui viennent dès à présent élargir les filières chimiques traditionnelles.
– Les « bio-carburants » qui sont issus de la transformation de la biomasse agricole, et bientôt de celle de la cellulose . Ils offrent des bilans énergie-carbone très performants (bien supérieurs à ceux des carburants fossiles), et peuvent alimenter parallèlement certaines filières de la chimie.
– La chaleur d’origine biomasse qui répond à des besoins industriels, agricoles, collectifs et urbains (réseaux de chaleur) en remplaçant des combustibles fossiles.
– La chaleur d’origine biomasse pour les besoins domestiques (bois bûche, plaquettes et agro-pellets) qui est toujours la filière énergétique de valorisation de la biomasse la plus massive.
– L’électricité d’origine biomasse qui est un sous produit de la vapeur ou du biogaz. Elle est obtenue en co-génération grâce à des turbines ou des moteurs.
– Le gaz de méthanisation (biogaz), qui est issu de la fermentation de sous produits et de déchets organiques (bio-déchets).
– Les engrais et les amendements organiques enfin, qui sont certes connus (composts), mais qui méritent pourtant d’être encore améliorés, normalisés et vulgarisés (métha-composts, organo-minéraux, cendres…).

Tous ces nouveaux débouchés de la « bio-économie » offrent à l’évidence des opportunités nouvelles et attrayantes de diversification, de différenciation et de compétitivité aux entreprises françaises et européennes opérant notamment dans la filière bois-fibres, dans l’agro-alimentaire, dans l’énergie, dans la chimie, les matériaux ou les déchets. Ils confortent aussi la position du monde agricole et forestier dans ses perspectives d’avenir.

Pour plus d’informations consulter le nouveau site du Club des bioéconomistes
http://leclubdesbioeconomistes.com/

 

3 questions à Claude Roy, président du Club des bioéconomistes :

Formule Verte : Quel est son poids dans notre économie actuelle ?

Claude Roy : Dans le domaine traditionnel de l’alimentaire, comme dans la filière bois-papier, on est quasiment, par nature, à 100% de « bioéconomie ». Dans la chimie, la part des approvisionnements biosourcés est de l’ordre de 5 à 7%, et elle est probablement de 5% dans les neo-matériaux et dans les énergies. On peut dire en résumant qu’en France et en Europe, on est « bioéconomique » à 5% dans toutes les filières des matériaux, de la chimie et des énergies. Et la France est très bien placée. Au niveau mondial, le chiffre est peut être un peu plus élevé, probablement entre 5 et 10%, en particulier du fait de l’usage massif du bois énergie domestique dans  les pays en voie de développement. Aujourd’hui des feuilles de route existent pour développer la bioéconomie en France et en Europe dans le cadre, notamment, du paquet énergie climat et de l’objectif « facteur 4 »…  Leur traduction revient à imaginer une contribution possible de 10% de la bioéconomie à notre économie dans les 10 ans à venir, soit un doublement.

Formule Verte : Pourrons-nous aller au delà de ces 10% ?

Claude Roy : Nous abordons désormais une période où, devant les risques de pénuries de ressources fossiles et de dérive climatique, la bioéconomie réapparait dans toute son efficacité, sa sobriété et sa  diversité, avec une population de 10 milliards d’habitants sur Terre en perspective! D’où l’obligation de développer des technologies extrêmement innovantes pour une meilleure utilisation des ressources limitées de la biomasse. Il est évident en effet que l’ère post-pétrolière ne pourra pas être bioéconomique à 100%, faute notamment de bio-ressources en suffisance pour 10 Mrds d’habitants. Un seuil indicatif de 20 à 30% pour la contribution de la bioéconomie à notre futur paraît accessible et raisonnable, si nous savons redevenir sobres. Car il faudra parvenir à une sobriété rigoureuse de nos comportements, de nos organisations et de nos procédés. La 1ere révolution à faire est donc bien celle de la sobriété et de l’économie circulaire : nous entrons dans un monde fini.

Formule Verte : Ce manque de biomasse ne va-t-il pas entraîner des conflits d’usage ?

Claude Roy : C’est un débat très actuel, et très réel, qui a été évoqué officiellement lors du « Grenelle ». Il a permis notamment de définir des priorités d’usage de la biomasse. La priorité n°1 est de se nourrir, puis de créer des matériaux et des molécules durables et recyclables (soit des « puits de carbone » qui ne restitueront  de l’énergie qu’en fin de vie) et la troisième priorité (destructive de la biomasse) est enfin de produire directement de l’énergie. Le risque est que la prééminence actuelle des politiques de l’énergie, qui découle indirectement de Kyoto et du paquet énergie-climat, brouille cette  hiérarchisation des usages de la biomasse. Quoiqu’il en soit, la priorité générique qui s’impose à tous et partout est, et restera, la production et la récolte massives de biomasse, en agriculture comme en sylviculture, avec une mise en valeur efficace des ressources. Il faut « cultiver » la nature…

(Retrouvez l’intégralité de l’interview de Claude Roy dans le n° 17 de la revue Formule Verte)

 

 

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