Total transforme La Mède en bioraffinerie pour 200 M€

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Le colza permet de produire du biodiesel.
Le colza permet de produire du biodiesel.

Premier raffineur européen, Total avait prévenu de l’engagement d’un vaste plan de restructuration pour son dispositif de raffinage en France. Moyennant 200 millions d’euros d’investissement, sa raffinerie de La Mède, dans les Bouches-du-Rhône, va ainsi devenir l’une des plus grandes bioraffineries d’Europe. Total va la convertir en unité de production de 500000 tonnes par an de biodiesel de type HVO (huiles végétales hydrogénées), avec une mise en service prévue en 2017. Via une technologie française développée par Axens, elle transformera 650 000 t/an de matières premières qui seront des huiles alimentaires usagées (30 à 40%) pour produire un biocarburant de deuxième génération, mais également un « cocktail d’huiles végétales » pour un biocarburant de première génération. « Total aidera à consolider la filière de collecte des huiles usagées et achètera la matière première sur le marché français ou international en fonction des disponibilités sur le marché, du prix et des qualités requises » affirme un porte-parole. Le grade de biodiesel obtenu pourra être directement mélangé à du diesel d’origine pétrolière sans impact sur la qualité, jusqu’à la limite d’incorporation de 7% fixée par l’Europe en première génération et quelques pourcents de plus pour la G2. Pour l’heure, toutes générations confondues, les biocarburants ne représentent guère plus de 5% de la consommation de carburant.

Un tollé du monde agricole

Mais à peine annoncé, ce projet a fait figure de catastrophe pour le monde agricole qui s’est positionné sur le marché du biodiesel depuis quelques années. Fragiles, les acteurs de la filière sortent à peine d’une phase de restructuration pour adapter leurs capacités aux besoins du marché, sachant que les taux d’incorporation de 10% en 2020 qui leur avait été promis n’ont pas été respectés. Le groupe Avril a ainsi été contraint, fin 2013, de fermer les unités de production de Cappelle-la-Grande (Nord) et de Venette (Oise), ainsi que l’usine de trituration Saipol de ce même site. Le monde agricole et l’agroindustrie redoutent que Total s’approvisionne uniquement en huiles recyclées et en huile de palme bon marché importée, créant une perte de surface de 400 000 ha pour les producteurs de colza. L’autre crainte étant que le pétrolier inonde le marché en biocarburants plus compétitifs. Ce à quoi Total répond que « plus de 20% du biodiesel produit en France aujourd’hui, l’est sur de la ressource agricole étrangère (colza d’Ukraine, soja d’Amérique, huile de palme d’Asie) et que 15 % (400 000 t/an) du besoin est produit à l’étranger ». Le géant pétrolier met en outre en avant la croissance du marché comme source d’opportunité pour tout le monde. En 2013 la France aurait consommé 2,6 Mt/an de biodiesel, dont 2,2 Mt produites en France et 400 000 t importées. Les projections de Total d’ici à 2020 évaluent la consommation française de biodiesel à 3,1 Mt/an, soit une augmentation de la consommation équivalente à 500 000 t/an. Gérard Tubéry, président de la FOP (Fédération française des producteurs d’oléagineux et de protéagineux), n’en démord pas : « Le projet de Total déplace une difficulté industrielle vers les producteurs de colza et le monde agricole ».

Naphtachimie préservé

En dehors de cette nouvelle unité de biodiesel, le groupe continuera d’exploiter quelques unités sur le site de La Mède, comme celle de production d’hydrogène par reformage qui sera nécessaire à la bioraffinerie. Total souligne que cela « permettra de conserver l’ensemble des synergies entre La Mède, Naphtachimie et la pétrochimie locale ». Total réaffirme ainsi sa présence durable dans Naphtachimie, sa coentreprise à parts égales avec Ineos. Le groupe prévoit aussi la construction d’un atelier d’Adblue, un additif permettant de réduire les émissions d’oxydes d’azote des moteurs diesel. Enfin, sont notamment prévus le développement d’une plateforme logistique et de stockage de 1,3 million de m3 et la construction d’une ferme photovoltaïque d’une capacité de 8 MW, destinée à satisfaire 50 % des besoins énergétiques du futur complexe.

À La Mède, les 430 postes actuels seront réduits à seulement 250. Mais Total estime que ces coupes se feront sans licenciements, et resteront limitées à des départs en retraites, à des mutations de cadres, et à des offres de postes « sans mobilité géographique contrainte » pour les non-cadres. Dans le cadre de ce plan de sauvetage du raffinage français, Total investira parallèlement 400 M€ à Donges en Loire-Atlantique.

Sylvie Latieule et Julien Cottineau

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