Enzymes : Soufflet Biotechnologies se recentre sur des applications agroalimentaires

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Soufflet est un collecteur et transformateur pour les filières blé et orge en France.
Soufflet est un collecteur et transformateur pour les filières blé et orge en France.

Démarrés en 2007, les programmes de recherche Osiris ont permis au groupe Soufflet de se déployer dans les enzymes industrielles. Devant l’étendue des applications possibles, il a préféré opter pour des marchés spécifiques en lien avec l’agroalimentaire. A cette occasion, sa filiale Lyven est rebaptisée « Soufflet Biotechnologies ».

Bien connu du monde de l’agroalimentaire, le groupe familial Soufflet figure parmi les leaders des filières blé et orge en France et dans le monde, jouant un rôle de collecteur et de transformateur. Un métier qui l’a conduit à devenir aussi un acteur industriel significatif de la boulangerie viennoiserie pâtisserie avec 18 unités de production en France, une au Portugal et plus de 230 points de ventes avec les enseignes Pomme de pain en France et Le Crobag en Allemagne. Toutes ces activités mobilisent un effectif de 7 400 collaborateurs et d’un chiffre d’affaires de plus de 4,25 milliards d’euros. Mais depuis quelques années, Soufflet a une nouvelle ambition, celle de se déployer dans d’autres voies de valorisation des agroressources. Le point de départ de cette stratégie remonte à 2003 à travers le rachat du producteur d’enzymes Lyven, qui a la particularité de produire selon un procédé de fermentation en milieu solide (FMS). Ce rachat faisait du sens dans la mesure où Soufflet est un gros consommateur d’enzymes, notamment pour la panification.
Puis en 2006, Soufflet a pu lancer le vaste programme de recherche Osiris, financé par l’AII (devenu Oséo puis Bpifrance). D’un montant de 77 millions d’euros (dont 50 % d’aide publique) et d’une durée de huit ans, ce programme avait pour objectif de mettre au point des outils pour sélectionner très rapidement des micro-organismes, de développer des procédés industriels et de créer des produits biotechnologiques particuliers susceptibles notamment d’améliorer le rendement de la production de biocarburant à partir de blé et de maïs. Ce projet a permis d’investir dans un grand centre de recherche et d’une halle technologique à Nogent-sur-Seine (Aube). « Ces deux outils constituent un ensemble unique au monde pour la recherche dans le domaine de la fermentation en milieu solide », déclarait à l’époque de son inauguration, en 2012, Jean-Michel Soufflet, président du directoire. Fort de ce dispositif de recherche, le groupe a été en mesure de lancer de nombreux projets de recherche.
Arrivé il y a trois ans dans le groupe, au titre de directeur R&D, Jean-Marc Ferullo dirige désormais la division Biotechnologies de Soufflet qui chapeaute les activités d’ex-Lyven, ainsi que le centre de recherche de Nogent dont les travaux s’inscrivent dans la continuité d’Osiris.
Il explique qu’un grand nombre de projets avait été lancés. « On ne pouvait pas tout suivre. Il fallait faire des choix », a-t-il résumé. Aussi, exit les solutions enzymatiques pour la protection des cultures et la fabrication de bioéthanol qui auraient nécessité des investissements trop importants pour arriver à une industrialisation des projets. Soufflet reste toutefois ouvert à des alliances ou des cessions de licence.
Depuis deux ans, le cap a donc été mis sur la production d’enzymes pour des applications agroalimentaires. Soufflet s’est ainsi positionné sur des solutions enzymatiques de spécialités pour le marché des ruminants avec le produit Bovimalt. « Grâce à notre solution, nous améliorons la digestion des ruminants, avec un gain de productivité pour les vaches laitières et un gain de poids des bovins pour la boucherie. Ceci permet de réduire la pression que les élevages font peser sur l’environnement », assure le dirigeant. Le pilote de 2 tonnes installé dans la halle technologique de Nogent a servi à valider le produit qui est actuellement produit à Arcis-sur-Aube, dans un fermenteur de 6 tonnes. « Pour les besoins de la production, nous allons investir dans un deuxième fermenteur à Nogent-sur-Seine », assure Jean-Marc Ferullo. Mais un autre marché, non moins porteur, intéresse la société : celui des boissons comme les jus de fruits ou le vin. Dans ces domaines, la demande en cocktails d’enzymes non OGM, parfaitement tracés, est de plus en plus forte. Le marché est certes étroit, estimé à
100 M€ par Jean-Marc Ferullo, mais la valeur ajoutée y est forte. « Nous allons arrêter de nous battre sur les commodités comme les cocktails d’enzymes pour la production de bioéthanol. En revanche, nous souhaitons devenir des leaders dans
les enzymes pour jus de fruit et pour l’œnologie », résume-t-il.

Un effort de R&D soutenu
Malgré ce recentrage, Soufflet n’envisage pas de réduire son effort de R&D. Membre actif du pôle de compétitivité IAR, le groupe a récemment déposé le projet Drop2Feed au concours mondial de l’innovation et a déjà passé avec succès les deux premières phases. Inspiré du projet Bovimalt, Drop2Feed propose de mettre à profit une nouvelle technologie de criblage et de séquençage à très haut débit, dite microfluidique digitale, afin de sélectionner de nouveaux micro-organismes et enzymes favorisant l’assimilation des fractions céréalières peu nutritives – comme les drêches et les tourteaux – mal digérées par les animaux d’élevage. Au regard du groupe, ce pôle Soufflet Biotechnologies ne représente encore que 15 M€ de chiffre d’affaires pour un effectif de 140 personnes, dont
50 % de chercheurs. Mais l’activité est en forte croissance et Jean-Marc Ferullo parle déjà de dépasser les 20 M€ de chiffre d’affaires à l’horizon 2020.

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