Rendre le secteur du BTP plus durable via les produits biosourcés

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Acteurs de la recherche industriels du BTP et fournisseurs se sont réunis pour des enjeux de la construction durable.

Article paru dans Formule verte n°26

 

Le pôle IAR a organisé en avril une journée de conférences « Chimie du végétal et BTP durables ». Un événement qui a permis aux acteurs de ces secteurs de prendre connaissance des enjeux de la construction durable ainsi que des solutions biosourcées disponibles et à venir pour tenter d’y répondre.

Et si le futur du secteur minéral du bâtiment et des travaux publics (BTP) passait par des matériaux et produits d’origine végétale ? Dans un contexte où la construction durable est une tendance croissante, le pôle IAR a organisé une journée de conférences « Chimie du Végétal et BTP durable » en avril pour faire le point sur cette hypothèse. Cet événement a été l’occasion d’évoquer les possibilités offertes et les obstacles encore à lever sur les matériaux biosourcés pour la construction. « L’industrie chimique est un acteur clé de l’industrie du futur. Pour les secteurs comme celui du bâtiment durable, elle sera amenée à fournir de nouveaux matériaux composites, et des solutions issues de la fabrication additive et de la chimie du végétal », indique Eric Firtion, délégué général de l’Association Chimie du Végétal (ACDV).
Si les acteurs du BTP ne sont pas foncièrement opposés aux solutions issues de la biomasse dans leurs édifices, ils ne les emploieront pas coûte que coûte. « Le fait qu’un matériau soit durable ne fait pas un argument de vente. Les éco-matériaux ne constituent pas un sujet porteur généralement chez le client. En revanche, le coût et la performance des matériaux sont une priorité et aident à vendre », explique Rodolphe Deborre, directeur Innovation et Développement durable chez le groupe Rabot Dutilleul, spécialisé dans la promotion et construction immobilière. Un propos complété par Christian Cremona, directeur R&D Matériaux et structures chez Bouygues Construction : « Souvent, le client n’est même pas au courant des innovations. Mais si on les lui propose et que cela rentre dans les coûts prévus, il n’y est pas opposé ». De plus, il reste quelques verrous technologiques à faire sauter pour les solutions biosourcées vis-à-vis des matériaux classiques. « Par exemple, dans le domaine de l’isolation, les biomatériaux doivent encore faire des progrès en ce qui concerne la tenue au feu ainsi que la stabilité dimensionnelle, notamment en hygrothermique », indique éric Firtion (ACDV).

Les solutions biosourcées pour le BTP déjà sur le marché
Les produits issus de la chimie du végétal font l’objet d’un intérêt de la part des fabricants de matériaux pour le BTP. Ainsi, le groupe Saint-Gobain a initié un programme transversal de R&D chimie verte. Ce qui lui a permis, par exemple, de développer ses liants (résines thermodures) à base d’acide citrique et de sucre. Une innovation qui lui a valu une récompense au Prix Pierre Potier en 2015. La société travaille actuellement sur des mousses de polyuréthanes fabriqués à partir de polyols et des adjuvants pour gypse issus d’amidon. De son côté, le groupe Eiffage cherche à être moins dépendant de la pétrochimie. « Nous sommes très impliqués dans le recyclage de matériaux et les molécules biosourcées pour fabriquer des liants, des polymères ou encore des surfactants », précise Frédéric Loup, responsable du département Liants, polymères et procédés chez Eiffage. La société détient déjà plusieurs solutions issues de matières premières végétales : son liant Biophalt issu de tall-oil ou de pin ou encore son surfactant Emulgreen, fabriqué à partir de glycine bétaïne provenant de la betterave sucrière. Spécialisé dans les matériaux d’étanchéité, Soprema a développé des résines de polyuréthanes issues de polyols d’acide gras de colza.
« Il s’agit d’un substitut durable au styrène-butadiène-styrène issu de la pétrochimie », détaille Rémi Perrin, directeur R&D de Soprema.

Le biosourcé, une tendance qui s’affirme
Le secteur du BTP s’oriente donc de plus en plus vers des solutions biosourcées pour s’inscrire dans la tendance de la construction durable. Les fabricants de matériaux l’ont bien compris et travaillent actuellement pour étoffer les solutions performantes et compétitives issues du végétal. Mais le fait d’intégrer du biosourcé ne doit pas constituer la seule voie pour des constructions durables, comme l’indique Rémi Perrin (Soprema) : « L’analyse de cycle de vie ne tient pas compte de la provenance du carbone. Un matériaux recyclé peut dans certains cas s’avérer plus avantageux qu’un produit biosourcé ».

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