Recherche : Lactips produit des thermoplastiques avec des protéines de lait

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Paru dans Formule verte n°27

La jeune société rhône-alpine est positionnée sur une technologie de production de bioplastiques. À partir de lait, elle propose des films thermoformables pour les applications agroalimentaires et dans les produits pour l’hygiène de la maison.

 

Marie-Hélène Gramatikoff, dirigeante et fondatrice de Lactips. © Lactips

L’histoire de Lactips commence par la rencontre de deux scientifiques : Marie-Hélène Gramatikoff, actuelle dirigeante de la société, et Frédéric Prochazka, chercheur à l’université de Saint-Etienne. Ingénieure de formation, la future fondatrice de Lactips s’est tournée vers l’entreprenariat en 2004 avec la volonté d’arrêter de travailler sur les ressources pétrolières. C’est en 2005 que Frédéric Prochazka décide lui aussi de s’orienter vers les ressources renouvelables pour ses travaux de recherche à l’université de Saint-Etienne. « Frédéric a commencé à travailler sur la protéine de lait en 2007. Quand nous nous sommes rencontrés en 2013, il m’a expliqué ce qu’il avait découvert. J’ai tout de suite aimé le concept », raconte la dirigeante de Lactips. La technologie consiste à produire un thermoplastique à partir de protéines de lait et soluble dans l’eau
D’abord, Marie-Hélène Gramatikoff voit le potentiel industriel de la technologie. « J’ai compris que nous étions à un niveau de la filière qui crée de la valeur et que nous allions pouvoir industrialiser cette technologie. Et le fait que ce soit un thermoplastique soluble signifie que nous avons un plastique de spécialité. Nous sommes dans une niche », déclare-t-elle. Un potentiel de valorisation qui se combine avec des « valeurs de biodégradabilité, de propreté du process, de renouvelabilité… », précise la chef d’entreprise.
La société créée en 2014 se positionne sur la production d’un film plastique hydrosoluble, compostable et comestible, fabriqué à partir de caséine (protéine de lait). « Produire du plastique à partir de lait, cela existe depuis longtemps. Nous, nous changeons la structure de la protéine. Nous travaillons sur la protéine pure et, à la fin du process, c’est toujours une protéine mais elle a une autre forme. Cela nous permet de refondre plusieurs fois ce thermoplastique dans les machines », explique Marie-Hélène Gramatikoff. Lactips s’est doté d’un atelier pilote dans lequel peuvent être produits des granulés et des films et où des tests de caractérisations mécaniques et physicochimiques peuvent être réalisés. D’une superficie initiale de 150 m2, il a déjà doublé de taille et la dirigeante envisage d’ores et déjà un nouvel agrandissement. « Pour la fabrication, nous souhaitons nouer des partenariats de sous-traitance avec des acteurs équipés pour fabriquer des thermoplastiques à base de lait solubles et avec une bonne qualité de film », souligne la dirigeante. La société se concentre sur la R&D. « Aujourd’hui, nous sommes une dizaine de personnes dans l’entreprise. Nous avons recruté dernièrement un doctorant et deux masters. Frédéric Prochazka continue à participer à notre développement comme universitaire et nous collaborons étroitement avec l’université Jean Monnet », détaille Marie-Hélène Gramatikoff.
Lactips travaille notamment sur les applications de ses films solubles dans son atelier pilote de production de granulés installé à Saint-Jean-Bonnefonds (Loire) près de Saint-Etienne. La société affirme ainsi avoir produit des centaines de kilos de granules. Des capacités qui ont permis d’effectuer les premiers tests chez les clients de Lactips. « Nous nous sommes concentrés sur les clients qui affichent une démarche d’écologie. La première application de notre film soluble devrait être commercialisée au 2e trimestre 2017. Il s’agit de film soluble qui entoure les tablettes pour les machines à laver la vaisselle », confie Marie-Hélène Gramatikoff. Le marché de la détergence représente la première cible de Lactips. « Nous avons un focus sur les détergents et notamment les produits dangereux qui ne peuvent pas être manipulés par l’humain et doivent être dissous dans l’eau, chaude ou froide », explique-t-elle. Autre secteur d’appli­cation : l’agrochimie. « Il s’agit de protéger les agriculteurs des produits très toxiques, tout en ayant des doses exactes à introduire dans le compartiment d’épandage », reconnaît la dirigeante de Lactips. Enfin, la société travaille sur des applications dans le domaine de l’agroalimentaire. « Notre film bioplastique est comestible. Nous avons un produit particulièrement compatible avec le fromage, les barres protéiniques… », indique-t-elle. Outre le développement d’applications, les travaux de Lactips portent sur l’amélioration des caractéristiques du film, les interactions contenu-contenant, le vieillissement mais aussi les paramètres de process comme les cadences des machines.
Pour soutenir son développement, Lactips a réalisé une levée de fonds en février 2016. Soutenu par les fonds Emertec et Demeter Partners, la société a levé 1,2 million d’euros. « Cela va nous permettre de financer notre dévelop­pement et l’industrialisation », confie la dirigeante qui prévoit une deuxième levée de fonds en 2018 pour « l’internationali­sation ». Lactips poursuit ainsi son chemin vers la commercialisation de premiers produits avec son film soluble à partir de protéines de lait.

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