« Pour 3M, le biosourcé est un axe de travail clé »

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Article paru dans Formule Verte n°21, mars 2015

Sur les marchés de l’industrie, la sécurité et la signalétique, l’électronique, l’énergie et la santé, l’Américain a mis en place une démarche de développement durable. Jean-Marie Coant, responsable de projets développement durable de 3M Europe de l’Ouest, la détaille.

Jean-Marie Coant, responsable de projets développement durable de 3M Europe de l’Ouest. crédits : 3M
Jean-Marie Coant, responsable de projets développement durable de 3M Europe de l’Ouest. crédits : 3M

Formule Verte : 3M a mis en place le programme 3P « La prévention de la pollution paye ». Comment se traduit ce programme dans l’approche développement durable du groupe ?

Jean-Marie Coant : 3M est une entreprise industrielle qui fabrique la quasi-totalité de ses produits. Le travail sur le développement durable a débuté dès 1975 avec le lancement de ce programme 3P. L’idée est qu’il vaut mieux prévenir que guérir et que cela peut aussi permettre des économies. Les résultats sont là. Entre 1990 et 2011, nous avons eu des baisses très significatives, par exemple de 98 % des composés organiques volatiles (COV), ou encore de 58 % des émissions de gaz à effet de serre (GES). Tous ces efforts sont portés par le 3P, qui s’accompagne de programmes sur des périodes de 5 ans. Nous sommes actuellement à la fin du programme 2010-2015 et en préparation de celui de 2015-2020.

Vous êtes responsable de projets développement durable de 3M Europe de l’Ouest. En quoi consiste ce poste ?

J.-M. C. : J’ai travaillé une dizaine d’années en recherche et développement chez 3M en France. Depuis 2010, j’ai endossé une casquette développement durable en France, à la suite d’une formation. Et début 2014, j’ai intégré le centre d’expertise européen du développement durable. Notre service orchestre cette thématique au niveau de l’Europe de l’Ouest. Il est composé de 8 personnes. C’est un centre multiprofil avec un pôle marketing et un pôle plus technique. Nous intervenons pour les analyses de cycle de vie (ACV), l’assistance aux différentes divisions du groupe, les écolabels… J’ai des collègues qui sont, par exemple, fortement mobilisés pour la réalisation d’ACV. J’interviens entre autres pour conduire ces projets et valider les études.

Quand avez-vous commencé la réalisation d’ACV ?

J.-M. C. : Depuis une quinzaine d’années, nous avons accordé une place de plus en plus grande à la partie Produits. En 1999-2000, nous avons mis en place un programme de lifecycle management afin de faire de manière qualitative un inventaire de l’impact de l’ensemble du cycle de vie des produits. Nous avons ainsi commencé très tôt à sortir du cadre 3M pour voir ce qui se passe chez nos clients, nos fournisseurs… En parallèle, nous avons investi sur les cinq dernières années dans des logiciels d’ACV, des bases de données, des formations de personnel, etc. afin d’acquérir de l’expertise.

Avez-vous réalisé des ACV pour tous les produits 3M ?

J.-M. C. : Nous avons mis en place les procédures, les documentations… Nous utilisons le logiciel GaBi. Nous avons déjà réalisé un certain nombre d’études. Une dizaine de projets, portant souvent sur des familles de produits, ont été finalisés en Europe et nous avons actuellement 11 projets en cours. Nous constatons une accélération très forte. Ainsi, de plus en plus de produits sont couverts. Cependant, chez 3M, nous avons 50 000 références. Nous restons sur des analyses ciblées, là où cela fait le plus sens. Aux États-Unis, un groupe similaire au nôtre réalise également des ACV. La répartition des projets se fait en fonction des demandes de nos partenaires. Quand la maturité du marché est plus avancée en Europe, nous réalisons l’étude ici. Nous pouvons également effectuer des ACV quand des sites de production ou des équipes de R&D ont besoin d’informations sur le produit.

 Quels sont les impacts de ces ACV sur la vie des produits ?

J.-M. C. : Sur le cycle de vie, nous ne nous interdisons rien. Cela peut passer par des reformulations complètes, le développement de produits permettant à nos clients de réaliser d’importantes économies d’énergie… La partie matière première est clé. Nous pouvons inclure un contenu en matière recyclée. C’est le cas des post-it en papier recyclé. Le biosourcé est également un axe de travail clé. Nous regardons les produits phares de nos gammes et petit à petit, nous incorporons des solutions. Par exemple, nous avons fait évoluer nos rubans adhésifs Scotch Magic qui étaient déjà sur un film d’acétate de cellulose. Nous avons travaillé sur un adhésif, toujours base eau, produit à base de plantes. De même pour la colle, les matières premières ont un impact majeur sur l’environnement, donc nous travaillons sur ce sujet. Nous avons ainsi développé en France un tube de colle naturelle base eau issue d’une fermentation bactérienne d’amidon de plantes.

Aujourd’hui, quelle est la part de vos produits intégrant des matières biosourcées ?

J.-M. C. : Nous n’avons pas d’objectifs chiffrés sur une proportion de biosourcé. Mais nous regardons la tendance mondiale. La raréfaction des matières première et la nécessité absolue de sortir d’une vision low cost de produits vers des produits qui incorporent des matières biosourcées, recyclées… Cet axe est mis comme une direction clé. Nous avons, par exemple, des équipes de R&D qui travaillent sur l’identification de procédés, de matières premières biosourcées utilisables. Sur les non-tissés notamment, nous suivons tout ce qui concerne les biopolymères.

Propos recueillis par Aurélie Dureuil

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