Plant Based Summit 2017 : le compte rendu

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La chimie biosourcée a trouvé son cap

Forte affluence pour la conférence d’ouverture.

Développer des produits plus performants, plus compétitifs, ayant fait la preuve de leur durabilité, encourager des approches plus collaboratives, c’est le consensus qui s’est dessiné lors de la dernière édition du Plant Based Summit pour conduire des solutions biosourcées au succès.  

Le Plant Based Summit (PBS)* qui s’est tenu les 25 et 26 avril à Lille a rencontré un grand succès, avec quelque 600 participants et une quarantaine d’exposants. Au cœur des débats, les perspectives du secteur de la chimie du végétal qui a connu des vents contraires, en particulier avec la baisse des prix du pétrole et la difficulté à proposer des solutions compétitives face aux solutions pétrosourcées. Pour autant, les produits biosourcés ne cessent de progresser sur le marché dans des domaines aussi divers que la cosmétique, la détergence, l’automobile, la construction ou l’emballage. Ceci grâce à une explosion des technologies.

Un horizon éclairci

On retiendra qu’après les tâtonnements de ces dernières années, le cap à suivre semble se préciser. C’est en tout cas l’analyse de François Monnet, président de l’ACDV (association coorganisatrice de PBS), qui a résumé les trois grands défis à relever. Il a cité en priorité la compétitivité. A de rares exceptions près, les produits biosourcés, identiques à des produits pétrosourcés (les « me too »), n’ont jamais réussi à s’imposer sur le marché juste parce qu’ils étaient biosourcés. La deuxième clé de succès, c’est la différenciation. L’expérience ne cesse de prouver qu’un produit renouvelable arrive à s’imposer lorsqu’il apporte des propriétés supplémentaires à un marché. Enfin, François Monnet a indiqué que le succès des produits biosourcés reposait à la fois sur la demande sociétale qui aspire à plus de « durabilité » et la capacité à répondre à ses attentes. D’où l’importance d’apporter de la confiance et de la transparence, preuves à l’appui, c’est-à-dire en produisant des analyses de cycle de vie et des labels fiables et reconnus.

Cette aspiration sociétale n’est plus à prouver. Reste toutefois à la mettre en phase avec les aspirations des entreprises qui restent encore centrées sur leurs résultats financiers, selon l’analyse de Rodney Irwin, directeur général Redefining Value & Education pour le World Business Council for Sustainable Development. Son organisation qui réunit 200 entreprises agit justement pour accélérer la transition vers un monde plus durable.

Une table ronde internationale, animée par Christophe Luguel du pôle IAR a permis de rappeler que les politiques publiques jouent aussi un grand rôle dans le développement des produits biosourcés et plus généralement de la bioéconomie. Stephanie Batchelor de la Biotechnology Innovation Organization, a évoqué les grandes lignes de la politique publique des Etats-Unis, dont le Farm Bill qui a structuré toute la politique en faveur des biocarburants et donné naissance au programme BioPreferred pour les achats publics de produits biosourcés. Mais l’on pouvait aussi percevoir dans ses propos une pointe d’inquiétude quant à l’expiration prochaine de ces programmes et la nécessité de les reconduire. Waldemar Kutt de la DG Recherche à la Commission européenne a rappelé pour sa part les points forts de l’Europe en matière de R&D, alors qu’elle pèche lorsqu’il s’agit de passer au stade industriel et de stimuler les marchés.

Le recours à des approches collaboratives

Un autre constat a été largement partagé : la nécessité de collaborer et de construire des chaînes de valeurs solides partant de la production de biomasse jusqu’à la vente de produits au consommateur. Cette stratégie du « faire ensemble » a été illustrée par la présentation du Biospeed Consortium. Il s’agit d’une structure partenariale dont l’animation est assurée par le cabinet Deloitte. Elle réunit six sociétés – Faurecia, Michelin, BIC, Lego, Danone et L’Oréal – avec l’objectif de leur faire partager des savoir autour de polymères clés tant au niveau de l’approvisionnement en biomasse de deuxième génération, que dans des choix technologiques autour de leur fabrication.

Une industrie chimique qui reste à convaincre

La table ronde des présidents en clôture de PBS.

Enfin, les débats ont trouvé leur épilogue avec la « table ronde des présidents ». L’objectif étaient de recueillir les points de vues de cinq dirigeants issus d’horizons très divers sur l’environnement économique des produits biosourcés et leur adéquation avec la stratégie de leurs entreprises. Marcel Lubben, président de Reverdia, Johei Takimoto Chief Operating Officer dans la division Polymer de Mitsubishi Chemical et Christophe Aufrère, CTO de Faurecia, étaient là pour témoigner de l’existence de solutions commerciales biosourcées performantes dans leurs portefeuilles en dépit de la difficulté à rester compétitifs. Puis dans une assemblée acquise à la cause des produits biosourcés, Pascal Juéry, président de l’UIC et membre du comité exécutif de Solvay, est venu rappeler la philosophie générale de l’industrie chimique. Il a insisté sur la nécessité d’avoir des stratégies autour du développement durable plus globales, partant du principe que seules des analyses de cycle de vie du berceau à la tombe pouvaient garantir la supériorité d’une solution biosourcée par rapport à son équivalent sur base fossile. Il a également mis l’accent sur l’accès à la biomasse et sur la difficulté à organiser les chaines logistiques pour des volumes très importants. Dans son domaine d’activité, la chimie fine, Frédéric Gauchet, président de Minafin, a estimé que la chimie du végétal ne pouvait présenter de l’intérêt que pour des solutions très innovantes. Il a également confirmé que si l’Europe sait pratiquer une R&D de grande qualité, elle n’est mal outillée pour les phases d’industrialisation. Sur ce dernier sujet, la chimie du végétal rencontre les mêmes difficultés que l’ensemble de la chimie qui peine à se réindustrialiser dans un environnement de plus en plus hostile, tant au plan réglementaire qu’en matière de réputation. D’où la préoccupation de l’UIC de prioriser ses actions en direction de sa compétitivité et de son image. Le mot de la fin est revenu à François Monnet (ACDV) qui a rappelé que la chimie du végétal est une chimie innovante, donc nécessitant du temps pour convaincre. Elle ne peut se comprendre que dans le cadre du développement durable, démarche globale de progrès qui demandera à chacun d’être exigeant envers lui-même et à l’écoute des marchés comme de la société. Il a donné rendez-vous à tous pour une nouvelle édition du PBS en 2019.

* Association Chimie du Végétal (ACDV), InfoPro digital, en partenariat avec le pôle de compétitivité IAR.

 

 

 

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