Microalgues : Fermentalg fin prêt pour le décollage

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Philippe Lavielle, p-dg de Fermentalg.

C’est un langage de vérité qu’a tenu Philippe Lavielle, p-dg de Fermentalg, devant un parterre d’analystes financiers le 6 mars dernier. Alors qu’elle a été fondée en 2007, sa société qui emploie désormais 64 personnes ne génère toujours pas de chiffre d’affaires significatif, à peine 170 k€ sur l’ensemble de l’exercice 2017, assorti d’une perte nette de -7,3 M€.

Mais le bout du tunnel n’est peut-être plus très loin. « On est sur la piste de décollage » a assuré le dirigeant, sans pouvoir s’engager sur un calendrier. « Nous avons opéré une transition stratégique et commerciale. Il y a du risque et notamment dans le timing commercial » a-t-il justifié.

Selon lui, 2017 a été une année de consolidation. « Des levées de fonds réalisées avec succès nous permettent de terminer l’année avec une trésorerie disponible de 21,8 M€. D’un point de vue commercial, la mise sur le marché de notre première huile algale naturellement riche en oméga-3 et la signature d’un premier accord de distribution avec la société européenne IMCD marquent l’ouverture d’un nouveau chapitre pour notre entreprise » a-t-il ajouté.

3 gammes de produits pour le marché agroalimentaire

En terme de positionnement, on retiendra que l’activité de Fermentalg est centrée sur l’exploitation d’une grande variété de microalgues (2000 souches, 27 familles de brevets) dans l’objectif de développer des produits innovants pour la filière agroalimentaire. Cette dernière est en pleine mutation avec des préoccupations autour de la durabilité, la naturalité et les effets sur la santé des produits qu’elle met sur le marché.

Pour répondre à ces attentes, Fermentalg a identifié en 2016 trois gammes de produits puis les a renforcées en 2017. La première porte sur des huiles algales, riches en oméga 3, avec d’importants débouchés dans les compléments alimentaires et la nourriture infantile, en particulier dans le lait. L’aquaculture est un marché de commodité qui ne fait pas partie des priorités de Fermentalg qui lui préfère des niches de spécialités. C’est sur ce segment que l’on va retrouver le premier produit commercial de Fermentalg, le DHA 350 (concentration de 350 mg/g d’huile minimum), qui correspond à un me-too des références concurrentes déjà sur le marché, selon Philippe Lavielle. Mais d’ici deux mois, un produit unique, plus concentré et riche en caroténoïdes, le DHA 550 (concentration de 550 mg/g d’huile minimum), sera lancé pour se positionner comme un concurrent du krill.

En parallèle, Fermentalg développe un pigment/colorant bleu, la phycocyanine. Ce produit qui est déjà extrait de la spiruline est une alternative naturelle au E303. Il sera lancé sous forme brute fin 2019 puis sous forme raffinée en 2020. C’est typiquement le type de produit qui intéresse DIC Corporation. Le japonais s’est rapproché de Fermentalg en 2017 à travers la signature d’un accord stratégique et une participation à hauteur de 5 M€ à l’augmentation de capital de 12,6 M€ réalisée.

Enfin, en plus de la production de phycocyanine, les microalgues sélectionnées ont la capacité de synthétiser des protéines algales dotées de fonctionnalités (par ex gélifiantes). D’où la mise au point d’un procédé intégré qui permettra la fabrication simultanée des deux composés. En effet, Fermentalg revendique un savoir-faire tant dans la découverte d’actifs que dans le développement du procédé et le scale-up.

ARD partenaire de production

Fermentalg produit des molécules d’intérêt grâce aux micro-algues. © Fermentalg

Pour ce qui est de la production, la société fait confiance à ARD (Bazancourt-Pomacle) pour sa nouvelle huile algale et elle est en discussion avec d’autres acteurs de la sous-traitance pour sécuriser sa production avec une deuxième source. C’est ensuite à Libourne que se fait le raffinage (désodorisation, décoloration…) dans des installations néanmoins de taille réduite. « Dès que les volumes se développeront, notre objectif est d’acheter un site pour réaliser le downstream et le conditionnement de nos produits. C’est un budget de l’ordre de 2 M€ » ajoute le dirigeant, précisant que « la qualité se fait dans les dernières étapes de raffinage ».

Pour ce qui est de la phycocyanine, « industrialiser chez nous, cela nécessiterait un investissement supplémentaire. Nous avons le bâtiment et ce serait une bonne idée. Mais peut-être que nous passerons dans un premier temps par une phase de tolling » a expliqué Philippe Lavielle, évoquant l’unité de développement industriel (UDI) Professeur Daniel Thomas qui n’avait finalement jamais vu le jour.

Des puits de carbone urbains et industriels avec Suez

Enfin, Philippe Lavielle a donné quelques nouvelles des « puits de carbone » urbains et industriels, destinés à purifier l’atmosphère ambiante par captation de CO2 et autres particules polluantes. Ce projet réalisé en partenariat avec le groupe Suez a connu des avancées majeures puisque deux programmes tests ont démarré en 2017 : l’un pour la captation de fumées d’incinération à Colombes et l’autre pour la gaz d’échappement en plein cœur de Paris dédié.

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