Micro-algues : une filière encore en construction

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Article paru dans la revue Formule Verte n°18 / juin 2014

Cinq pôles de compétitivité essaient de redonner de l’élan à la construction d’une filière micro-algues sur le territoire français. Arnaud Gabenisch, directeur de la BU Politiques Publiques de l’Innovation d’Alcimed, analyse les atouts et les freins au développement d’une telle filière. 

D’une valeur de 0,6 à 1 milliard d’euros, pour un volume inférieur à 10 000 tonnes par an, le marché mondial des micro-algues peut encore être considéré comme « extrêmement émergent », selon Arnaud Gabenisch, directeur de la BU Politiques Publiques de l’Innovation d’Alcimed. Quelque 400-500 acteurs se partageraient ce gâteau, n’exploitant que quelques espèces (Spiruline, Chlorella, Dunaliella salina, Aphanizomenon, Haematococcus…), alors que le potentiel se chiffre en dizaines de milliers. Ce marché de niche est aujourd’hui en stand by, « il n’y a pas eu beaucoup d’évolutions en France, mais aussi Europe et à l’international depuis 2010 », estime le consultant. D’où l’initiative de 5 pôles de compétitivité – Mer Méditerranée, Mer Bretagne Atlantique, Trimatec, Qualitropic (Île de la Réunion) et IAR – qui ont décidé de se réunir pour tenter de construire une filière. Déjà une première convention avait été signée en 2009. Et des projets collaboratifs ont vu le jour comme Blue Hyal, Algohub et Eima. Mais il y a aussi eu des échecs, en particulier le projet d’IEED Greenstar qui n’a finalement pas pu voir le jour.

Pourtant, des acteurs existent sur le territoire français, sur tous les maillons de la chaîne de valeur. Il y a ceux qui travaillent sur les souches de micro-algues, leur culture, leur récolte, leur transformation… En aval, il y a de nombreux marchés qui s’intéressent au potentiel de ces micro-algues soit à travers l’exploitation de la micro-algue entière, soit des substances actives qu’elles sont capables de produire (par exemple de l’oméga 3). De la cosmétique, aux biocarburants, en passant par la chimie fine, la pharmacie, l’alimentation humaine ou animale, l’aquaculture, la méthanisation, la dépollution… les débouchés ne manquent pas. « Le fait d’être multimarchés est une difficulté pour faire émerger une filière. Cela nécessite de faire des choix », estime cependant Arnaud Gabenisch qui classe tous ces marchés en deux grandes catégories. « Il y a des marchés courts termes qui existent déjà comme ceux de la cosmétique ou des compléments alimentaires qui utilisent déjà des micro-algues. Et il y a les marchés à long terme, en particulier celui de l’énergie, qui émergera autour de 2040-2050. Il demandera beaucoup d’innovation et sera très capitalistique et risqué », ajoute le consultant.

En France, le porte-drapeau du domaine est la société libournaise Fermentalg qui vient de faire son entrée en Bourse. Producteur d’huiles et de protéines issues des micro-algues, la société a bien réalisé par le passé quelques essais de production de biocarburants. « Nous avons loué une usine en Angleterre avec des fermenteurs et nous avons produit du biodiésel. Ça marche et le biodiésel est utilisable dans n’importe quel véhicule sans réglage moteur. Mais c’était un clin d’œil car ce n’est pas rentable. On est dix fois plus cher qu’une énergie fossile et même au-delà », a déclaré Pierre Calleja, p-dg. Aussi, ses premiers projets se situent davantage sur les marchés de la nutrition humaine, cosmétique/santé et l’alimentation animale.

Le sujet de la production de biocarburants de troisième génération par les micro-algues est loin d’être mature. « Il faut cibler des marchés de faibles volumes et à forte valeur ajoutée pour développer une courbe d’apprentissage puis attaquer les marchés de masse à faible valeur ajoutée et à plus long terme », commente Arnaud Gabenisch.

L’énergie a cannibalisé les investissements

Si cette stratégie semble aujourd’hui logique, ce n’est pourtant pas celle qui prévalait 5 ans plus tôt. « On a probablement trop ciblé les investissements publics et les priorités sur le marché de l’énergie. Mais il y a quelques années le prix du baril montait car la ressource fossile se raréfie effectivement. C’est un fait. Mais la pression est aujourd’hui moindre du fait de l’exploitation des gaz de schistes dans de nombreux pays. De plus, les développements des carburants alternatifs sont jugés à plus long terme pour des raisons technologiques et de coût de production », reconnaît le consultant. « Une entreprise ne doit choisir de se lancer dans des applications long terme que si elle est capable de les autofinancer ».

Après une relative dispersion des investissements, Arnaud Gabenisch conseille aujourd’hui un recentrage sur des marchés courts et moyens termes, pour permettre le développement d’entreprises déjà existantes et la création de nouvelles. Et c’est ce tissu de PME en croissance qui pourra ensuite permettre l’émergence d’une filière. Car si l’on en revient à la définition du mot, ce n’est autre qu’une communauté d’acteurs capables d’investir dans leur développement.

 

 

 

 

 

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