Matériaux biosourcés : la DGA, proactive dans la substitution

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Les équipes du département matériaux de la Défense effectuent une veille active afin d’aider au développement des technologies et matériaux issus du végétal pour leur utilisation au service de l’armée mais aussi du civil. Rencontre avec Pierre-François Louvigné, architecte Système combattant et innovation matériaux de la direction technique de la Direction Générale de l’Armement.

Pierre-François Louvigné, architecte Système combattant et innovation matériaux de la direction technique de la Direction Générale de l’Armement.

 

Comment est organisée la DGA dans la recherche de nouveaux matériaux ?

Pierre-François Louvigné : La DGA a trois missions : préparer le futur des systèmes de défense, équiper les forces armées et promouvoir les exportations. En 2011, la DGA a consacré 724 millions d’euros pour des travaux de recherche et technologie. Afin de préparer le futur, cinq leviers d’action sont déterminés : définir avec les armées les systèmes futurs, détecter les technologies émergentes, orienter l’effort d’investissement de recherche, identifier les capacités technologiques et industrielles clés et développer les coopérations. Dans ce cadre, nous avons un département matériaux qui travaille sur tous les matériaux qui vont servir dans les domaines de la défense et un département plus spécifiquement concerné par les aspects environnementaux. Nous avons développé de fortes relations entre ces deux départements. Depuis 2007, le ministère de la Défense publie son Plan d’action environnement avec des objectifs généraux en matière d’émissions de gaz à effet de serre, d’efficacité énergétique et d’énergie renouvelable.

Quelles ont été les actions mises en place depuis 2007 ?

P.-F. L. : Dans un premier temps, nous avons mis la priorité sur la réduction de l’impact environnemental des programmes d’armement. Nous avons également travaillé sur les peintures dans le cadre de Reach pour remplacer toutes les peintures avec solvant par des systèmes de peintures plus respectueux de l’environnement. Cela a été un travail important car nos peintures ont des propriétés fonctionnelles comme la discrétion infrarouge. Depuis 4 ans, nous avons commencé à mettre en place plus précisément des actions de soutien aux matériaux biosourcés. Aujourd’hui, l’axe qui nous paraît le plus pertinent concerne les plastiques. Nous allons regarder ce que nous pouvons substituer par des résines biosourcées ou biodégradables.

Quels sont les types de matériaux que vous recherchez ?

P.-F. L. : Nous distinguons les matériaux fabriqués par l’homme de ceux issus de bioressources. Depuis 2007, l’utilisation de matériaux biosourcés est inscrite dans nos directives. Il s’agit donc d’une motivation très forte pour remplacer les matériaux fabriqués par l’homme par des produits biosourcés. Nous n’allons pas chercher à avoir de nouvelles propriétés mais à obtenir des matériaux avec les propriétés spécifiques à nos usages. Aujourd’hui, nous sommes proactifs sur ce sujet. Nous n’allons pas attendre que les choses se fassent pour saisir les opportunités. Nous voulons soutenir ces technologies et les aider à se développer. Plusieurs mécanismes de financement existent dans ce sens, notamment les Rapid et Astrid (voir encadré).

Les mécanismes d’aides concernent essentiellement les PME. Pourquoi cet intérêt pour ces sociétés ?

P.-F. L. : Notre motivation c’est l’innovation. Elle se trouve en particulier dans les PME. Le potentiel qui existe dans les PME, nous ne voulons surtout pas le négliger. C’est pourquoi nous voulons faire connaître les moyens de financement dont nous disposons. La résine de la société Vegeplast est un exemple de ces projets. Cette solution est validée et qualifiée par le ministère. Ils ont développé des colliers auto-serrants biodégradables pour les ensembles de parachutage du combattant (EPC). Ces produits équipent les EPC depuis 2011 en remplacement des liens en polyamine. Cependant, les volumes de production s’avèrent encore trop faibles pour concurrencer les colliers en polyamine. Pour les projets que nous soutenons, les applications potentielles doivent autant que possible concerner aussi le domaine civil pour lequel les volumes sont plus importants. Le volume de production est un peu la clé du succès.

 Comment analysez-vous l’offre de matériaux biosourcés ?

P.-F. L. : Aujourd’hui, l’offre n’est clairement pas mature. Il s’agit d’une offre émergente et non structurée, mais nous possédons toutes les compétences en France pour pouvoir la structurer. Les industriels avec qui nous travaillons savent ce qu’ils font. Quand nous avons un discours technique, ils savent nous répondre. Je suis assez confiant. Il y a vraiment un potentiel en France. Aujourd’hui, les résines font l’objet de plus de travaux. Le développement de cette filière paraît évident. Nous sommes présents pour soutenir cette innovation.

 

Les mécanismes de soutien de la recherche

Astrid (Accompagnement spécifique de travaux de recherche et d’innovation Défense) : Il s’agit d’un programme en partenariat avec l’Agence nationale de la recherche (ANR). Il finance des projets « visant à explorer des points durs scientifiques ou techniques et à identifier des ruptures technologiques », selon Pierre-François Louvigné, de la Direction Générale de l’Armement. En 2011, 4 projets Matériaux, chimie et énergie ont été financés à hauteur de 1 M€ pour une durée de 12 à 36 mois.

Rapid (Régime d’appui aux PME pour l’innovation duale) : ce système a pour but d’ « accroître l’innovation des PME pour introduire des technologies duales dans les programmes d’armement », selon Pierre-François Louvigné. Parmi les critères de choix, figurent ainsi les perspectives d’applications militaires mais aussi civiles. En 2011, ce régime d’aide au financement de projets a été étendu aux Entreprises de taille intermédiaire de moins de 2 000 personnes. Les dépôts de dossier se font au fil de l’eau et l’objectif est de contractualiser les projets qui ont été sélectionnés dans un délai de 4 à 6 mois. En 2011, 40 M€ ont été attribués à des projets portés par des PME, seules ou en consortium.

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