Lefrant-Rubco se partage entre chimie verte et biosourcé

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L'équipe de Lefrant Rubco.
L’équipe de Lefrant-Rubco.

Article paru dans la revue Formule Verte, n°19, septembre 2014

Société plus que centenaire, Lefrant-Rubco a développé une double compétence dans les factices biosourcés principalement pour l’industrie du caoutchouc, et dans la chimie à façon qu’elle pratique dans le respect de la chimie verte. Un savoir-faire qu’elle compte déployer encore plus largement en intensifiant son action commerciale et en misant sur la R&D.

Dans le domaine du caoutchouc, nul n’ignore l’existence du factice, un additif biosourcé à base d’huile végétale qui apporte diverses propriétés. Non seulement le factice améliore l’aspect de surface de pièces en caoutchouc réalisées via des procédés d’injection, de compression, d’extrusion et de calandrage, mais il confère aux mélanges compoundés une stabilité dimensionnelle inégalée par d’autres familles d’additifs. « Dans les années 20, le caoutchouc naturel coûtait cher. Les industriels européens ont alors cherché une source de remplacement. Ils ont mis au point un « substitut au caoutchouc » à partir de la vulcanisation d’huile végétale » explique Thierry Geistel, directeur du site de production de Lefrant-Rubco, entreprise spécialisée dans le domaine. Depuis cette époque reculée, le caoutchouc naturel a laissé une large place au caoutchouc synthétique (NBR, NR, SBR, EPDM, butyles et autres polychloroprènes), mais le factice a perduré. C’est même l’un des deux cœurs de métier de la PME française, fondée en 1898, qui emploie 27 personnes à Muille-Villette dans la Somme et réalise un chiffre d’affaires de 4,2 millions d’euros. La moitié dans le factice et l’autre moitié en synthèse à façon.

Le factice, un pur produit de chimie du végétal

Le factice est un pur produit de chimie du végétal obtenu par vulcanisation des huiles végétales, par exemple des huiles de colza, de ricin, de soja ou de lin, pour obtenir une gomme qui est le plus souvent broyée pour faciliter son introduction dans des formulations de caoutchouc où il joue un rôle de dispersant. Les applications sont ensuite très larges. Ce factice peut aussi bien devenir une gomme à effacer, qu’être additionné à raison de 5 à 10% dans une formulation. On le retrouve ainsi dans des rouleaux d’impression pour l’imprimerie où il améliore la qualité du transfert d’encre, dans des joints d’étanchéité où il accroît la résistance aux solvants, dans des profils extrudés, des pièces moulées ou des feuilles calandrées. S’y ajoutent des applications grand public avec les bottes en caoutchouc, les semelles de chaussures sport ou les combinaisons de plongée. « Les factices peuvent remplacer avantageusement la plupart des additifs, des « process aids », des homogénéisateurs, et autres protecteurs contre les vieillissements en usure dynamique, UV, O2 et O» résume Thierry Geistel. La liste des applications possibles a beau être longue, le domaine du pneumatique fait encore exception pour l’instant. En effet des publications aux USA montrent les bénéfices qu’apportent les factices dans les pneumatiques pour la consommation de carburant.

Si la société propose des produits catalogues, tout son savoir-faire s’exprime lorsqu’il s’agit de développer des factices à façon répondant à une problématique client. Ainsi, les services R&D de Lefrant-Rubco jouent sur la nature de l’huile végétale et sur le réactif de vulcanisation pour composer des produits uniques. Le choix du réactif s’effectue entre le soufre solide, l’hydrogène sulfuré (H2S) ou monochlorure de soufre (SCl). En fonction de la nature du soufre, on obtient des produits de coloration différente : blanc, ambre ou marron.

Pour ce qui est du volume de production, Lefrant-Rubco produit chaque année 1000 tonnes de factices, dont 70% sont expédiés à l’export. La capacité de production de l’usine est en revanche beaucoup plus élevée, de l’ordre de 3000 à 3500 tonnes par an. L’usine a l’avantage d’être équipée de nombreux équipements qui permettent de dédier des lignes de production à des clients plutôt que d’avoir des réacteurs multi-usages, ce qui permet une grande réactivité.

Une large gamme d’outils industriels

Du coup l’usine abrite un train de 20 réacteurs de 260 litres jusqu’à 52 m3 en verre (pour le 260 l) ou en inox, ainsi que deux réacteurs en acier vitrifié de chez De Dietrich de 3000 à 10 000 litre. Elle possède des mélangeurs, un filtre presse, une unité d’ensachage en sac, deux turbosphères pour le mélange poudre/poudre, des tamis vibrants… auxquels s’ajoute un impressionnant stock de pompes, de vannes et de multiples pièces détachées. Le service maintenance a la charge de maintenir et de réutiliser ses réserves. « Il y a quelques années, nous avions en stock un réacteur en verre avec un fond en tantale en excellent état. Nous l’avons remis en service et nous l’utilisons aujourd’hui pour des étapes de développement » explique le dirigeant. Car non content de disposer de trésors d’équipements, la société possède d’importantes réserves foncières. Elle est installée sur un terrain de 80000m2 qui outre les nombreux bâtiments de l’usine abrite le « château », ancienne résidence des propriétaires.

Pour l’heure, Lefrant-Rubco travaille au déploiement de son service commercial qui occupe désormais 5 personnes, avec l’ambition de promouvoir sa large gamme de produits à l’export, en particulier en Asie. Pour autant, Lefrant-Rubco ne néglige pas la R&D. En décembre 2013, la société a adhéré au pôle de compétitivité IAR et travaille sur un programme de développement de nouvelles colles biosourcées avec la société PCAS. Une collaboration est également en cours avec le CRITT polymère de Verneuil-en-Halatte visant à évaluer de nouveaux potentiels des factices. « Les 1er tests sont positifs » affirme Thierry Geistel.

Au delà de la chimie du végétal, Lefrant-Rubco est également un acteur de la chimie à façon, qui se caractérise par sa réactivité et une flexibilité qui lui permettent de répondre en quelques jours à un besoin. La société peut réaliser à la carte des hydrolyses/estérifications, des polymérisations, des séchages, des reconditionnements… ce qui a représenté l’an dernier un total de 12000 tonnes de production. Le fil conducteur de toutes ces prestations est la chimie verte. La société pratique une chimie en phase aqueuse. « Dans les projets en développement nous favorisons ceux respecteux de l’environnement et de la santé. Notre volonté est aussi d’essayer d’aller dans le sens du biosourcé » conclut Thierry Geistel.

 

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