Le butadiène biosourcé, solution d’avenir pour Eiffage ?

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Article paru dans Formule Verte n°22, juillet 2015

Le groupe spécialisé dans la construction s’intéresse de plus en plus près aux alternatives afin de substituer le butadiène dans ses bitumineux. L’une de ces pistes pourrait provenir de la chimie du végétal.

Dans les années à venir, le bitume des routes pourrait contenir du butadiène biosourcé. Crédit : D.R.
Dans les années à venir, le bitume des routes pourrait contenir du butadiène biosourcé. Crédit : D.R.

Si les gaz et huiles de schiste ont enclenché une nouvelle dynamique dans la pétrochimie mondiale, cette révolution n’a pas forcément que des bons côtés. Parallèlement à la satisfaction des pétrochimistes de disposer de cette nouvelle manne, certains utilisateurs en aval s’inquiètent de la potentielle pénurie de certains composés. Parmi les produits susceptibles de manquer, nous trouvons le butadiène, produit servant notamment à la fabrication d’élastomères. À l’instar des fabricants de pneumatiques, le spécialiste de la construction d’infrastructures Eiffage est préoccupé de cette situation, comme l’indique Frédéric Loup, responsable du département Liants, polymères et procédés du groupe : « Contrairement au vapocraquage du pétrole, le raffinage des gaz et huiles de roche-mère ne permet pas d’obtenir de fractions de butadiène. Or nous en avons besoin pour la production de nos bétons bitumineux pour la construction routière ». Un béton bitumineux est principalement constitué de trois composants : des granulats de roche, du bitume et des liants d’enrobage contenant des polymères. « Le butadiène est utilisé pour élaborer le styrène-butadiène-styrène, un élastomère entrant dans la composition des liants pour bitume », précise Frédéric Loup.

Plusieurs solutions envisagées

Afin d‘anticiper une éventuelle pénurie de butadiène, la division Travaux publics d’Eiffage explore actuellement plusieurs pistes autour de la chimie biosourcée. « Parmi les pistes que nous explorons, la substitution du butadiène issu du pétrole par la même molécule issue du végétal constitue une option sérieuse », confie Frédéric Loup. Avant d’ajouter : « À ce jour, il n’y a cependant pas de production
à échelle industrielle de butadiène biosourcé ». Le groupe français de construction étudie également d’autres pistes pour fabriquer ses bétons bitumineux. L’utilisation d’autres types d’élastomères est également envisagée. « Nous effectuons des travaux de R&D pour intégrer à nos compositions de bétons bitumineux d’autres élastomères provenant de molécules naturelles d’origine animale ou végétale. Nous avons entamé des travaux avec la société Soprema, afin d’étudier la possibilité d’utiliser leurs élastomères sans butadiène au sein de nos produits », indique Frédéric Loup.

Les travaux menés par le groupe Eiffage pour remplacer le butadiène s’inscrivent dans sa stratégie de croissance durable, préconisant une limitation de l’empreinte environnementale et un renforcement de sa contribution sociale et sociétale. Une stratégie exige notamment de favoriser les écoprocédés, la conception d’écoproduits, et de limiter l’utilisation de matériaux non renouvelables. Une démarche qui se traduit notamment par la présence de produits dans le portefeuille d’Eiffage dont la mise en œuvre se fait à faible température, ou qui intègrent des additifs biodégradables, renouvelables ou d’origine naturelle. Dans un contexte où les enjeux environnementaux prennent une part non négligeable dans l’industrie, nul doute qu’Eiffage semble être sur la bonne voie.

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