La Navelbine et le Taxotère, racontés dans un livre d’histoire

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Formule chimique de la vinorelbine. Wikipédia

La Navelbine (vinorelbine) et le Taxotère (docétaxel) sont deux molécules anticancéreuses, d’origine naturelle, découvertes par des équipes de l’Institut de chimie des substances naturelles du CNRS, basé à Gif-sur-Yvette. En juin dernier, ISTE Editions a publié un ouvrage retraçant leur histoire. Un livre écrit en duo par l’historienne Muriel Le Roux et la chimiste Françoise Guéritte.

C’est au milieu des années 1980 qu’une équipe de recherche de l’Institut de chimie des substances naturelles dirigée par Pierre Potier a synthétisé à partir d’un composé naturel isolé de l’if européen (Taxus baccata), le Taxotère, réputé plus efficace que le Taxol. En portant la découverte de cette molécule jusqu’à sa production, les chercheurs de l’Institut en collaboration avec leurs collègues de Rhône-Poulenc et de l’université de Grenoble ont levé le verrou technologique et industriel qui limitait l’approvisionnement en Taxol (paclitaxel). Malgré les propriétés anticancéreuses prometteuses du taxol, le Taxol n’était obtenu qu’en très faible quantité à partir de l’écorce du Taxus brevifolia, ce qui nécessitait l’abattage de nombreux arbres. Cette exploitation intensive de l’if avait d’ailleurs inquiété les mouvements écologiques dès les années 80. Le Taxotère a lui l’avantage d’être tiré des aiguilles de l’if, plus abondantes et qui se régénèrent davantage.

Après l’if, la pervenche de Madagascar source d’anticancéreux

La pervenche de Madagascar.

Quelques années avant la découverte du Taxotère, une autre équipe de recherche du même institut francilien, également dirigée par Pierre Potier, avait déjà résolu le problème lié à la synthèse de la vinblastine et de la vincristine, deux composés naturels, isolés de la pervenche de Madagascar (Catharantus roseus).

Puis ils ont utilisé un type de synthèse inédit, conduisant à la découverte de la Navelbine, ensuite développée par les Laboratoires Pierre Fabre.

La découverte de la Navelbine et du Taxotère par des chercheurs français illustre comment leurs travaux, fédérés dans un collectif, ont permis d’obtenir ces résultats. Après avoir décrit la stratégie des décideurs politiques français pour promouvoir la chimie des substances naturelles, cet ouvrage aborde l’imbrication de plus en plus prégnante de la science et de ses applications. Une vision renouvelée des relations recherche publique/recherche industrielle émerge, le CNRS laissant aux chercheurs de larges plages de liberté et de créativité.

Les auteures
Historienne, Muriel Le Roux est chercheure au CNRS, à l’Institut d’histoire moderne et contemporaine (CNRS/ENS/Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne).
Françoise Guéritte, chimiste, directrice de recherche de l’Inserm, a effectué sa carrière à l’Institut de chimie des substances naturelles du CNRS, jusqu’à sa retraite en 2013. Ses domaines de recherche portaient sur les substances naturelles, la chimie organique et médicinale de produits naturels bioactifs.
Référence : La Navelbine et le Taxotère, histoires de sciences, Muriel Le Roux et Françoise Guéritte, ISTE Editions, Collection Chimie moléculaire, verte, médicinale et pharmaceutique, 222 p.

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