La chimie verte à l’honneur à Poitiers

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DCI-SCF
Jacques Kervennal a récompensé les deux lauréats en présence de Ségolène Royal.

Le prix 2012 de la Division de Chimie Industrielle de la Société Chimique de France (DCI-SCF) a été remis le jeudi 8 novembre à Poitiers par Jacques Kervennal, président de la DCI-SCF, en présence de Ségolène Royal, présidente de la région Poitou-Charentes. Ce prix a récompensé deux projets menés dans le domaine de la chimie durable. Le premier concerne la mise au point par la société Colas, spécialiste de la construction routière, des biofluxants Vegelux. Christine Deneuvillers, directrice technique de la société Colas, a expliqué que ces produits sont des solvants qui ont pour vocation d’abaisser la viscosité des bitumes. Ils offrent une alternative non volatile aux solvants lourds précédemment utilisés. Cette technologie permet en outre d’abaisser sensiblement les températures d’application des bitumes. Ce biofluxant a par ailleurs la particularité d’être biosourcé puisqu’il est obtenu à base d’huile végétale modifiée. Ces travaux résultent d’une collaboration entre la société Colas et la plateforme de recherche privée Valagro, installée à Poitiers et spécialisée dans le remplacement de carbone fossile par du carbone renouvelable.

Un second prix a été décerné à Philippe Serp, du laboratoire LCC de l’Ensiacet à Toulouse. Depuis 12 ans, ce laboratoire mène une collaboration avec la société Arkema afin de développer des nanotubes de carbone (NTC) à l’échelle industrielle. Grâce à ces travaux, la société Arkema a pu investir dans un premier pilote dans son centre de recherche de Lacq (64), pour construire ensuite un pilote industriel de 400 t/an actuellement en fonctionnement à Mont (64). Cette nouvelle installation a été développée en vue d’utiliser du bioéthanol comme matière première au lieu d’un éthylène fossile. Patrice Gaillard, qui dirige ce programme chez Arkema, explique que la stratégie d’Arkema vise à construire des petites unités de NTC au plus près des transformateurs de matières plastiques, et que l’on approvisionnera en bioéthanol, déshydraté en éthylène dans une première étape. Une stratégie alternative aurait consisté à construire une unité industrielle de très grande taille à proximité d’un vapocraqueur pour s’alimenter au tuyau en éthylène. Avec le risque de ne jamais avoir une bonne adéquation entre la production et la demande.

Ségolène Royal a félicité les lauréats, considérant que leurs projets sont des « symboles de la révolution écologique dans l’industrie chimique ».  « La région Poitou-Charentes a fait le choix de la croissance verte depuis plusieurs années avec des aides à l’inventivité et à la créativité. Cette innovation sera le ressort de la croissance de demain » a-t-elle ajouté.

Joël Barrault, directeur de recherche au laboratoire de catalyse en chimie organique LACCO, a confirmé que l’histoire de la chimie durable à Poitiers remonte à 1966 avec la création de son laboratoire par Raymond Maurel. Tandis que les premières compétences en agroressources ont été amenées en 1978 par Jacques Barbier, devenu directeur du LACCO entre 1990 et 2000. Puis il a contribué à la création de la plateforme Valagro en 1998, du pôle des éco-industries en 2005. Et en cette fin d’année 2012 du tout nouvel « Institut de la chimie verte en Poitou Charentes ». Cet établissement est destiné à promouvoir les compétences des centres de recherche régionaux pour répondre aux industriels de la chimie en région dans leur démarche de chimie durable. « Notre région mérite d’être connue et reconnue dans ce domaine de la chimie verte car nous y travaillons depuis 35 ans. Nous n’avons pas créé un centre ex-nihilo, sans disposer de compétences » a justifié Jacques Barbier.

Des collaborations fructueuses entre public et privé

Les deux projets primés à Poitiers témoignent en outre de l’importance d’instaurer des partenariats de recherche publics-privés pour conduire au succès. Invité à la tribune Pierre Gohar, directeur de l’innovation et des relations avec les entreprises au CNRS, a confirmé que le département de chimie au sein du CNRS était un très gros producteur de résultats de recherche et de brevets. Il a ajouté que l’objectif de son institution était de faciliter le transfert vers des entreprises, en particulier vers les PME qui sont encore trop peu adossées au monde académique. Des domaines prioritaires ont même été identifiés pour faciliter ces transferts dont les matériaux biosourcés et biodégradables, les nanomatériaux et le stockage de l’énergie. En Poitou-Charentes, les besoins de l’industrie chimique devraient être importants. Frédéric Fournet, directeur de l’usine Solvay de la Rochelle et président de l’UIC locale, dénombre 113 établissements en région, employant 3300 personnes. Dans leur grande majorité, ce sont des TPE/PME très innovantes, mais les mesures d’accompagnement ne manqueront pas de stimuler encore davantage leur développement.

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