La chimie fine envisage une diversification dans le végétal

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V. Touraille
Vincent Touraille, directeur général de PCAS

La chimie fine française est une profession qui génère un chiffre d’affaires de 1,5 à 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires et mobilise 10 000 à 12 000 salariés sur le territoire. Environ 60% d’entre eux travaillent pour de grands laboratoires pharmaceutiques à la production de matières actives pharmaceutiques. Les 40% restants sont employés par des sociétés sous-traitantes ou CMO, à l’image de Novasep, Isochem, PCAS ou Axyntis. Partagée entre trois métiers – la production de génériques, le custom manufacturing ou production à façon et la chimie fine de spécialités – cette profession entrevoit aujourd’hui des possibilités de développement dans la chimie du végétal, notamment pour palier la décroissance de leurs activités de synthèse exclusive pharmaceutique. « La France a la chance d’être un grand pays agricole qui dispose de ressources importantes et la possibilité de récupérer de nombreux résidus végétaux que l’on pourrait récupérer et transformer en carbone végétal » explique Vincent Touraille, président du Sicos et directeur général de PCAS. Certes, les acteurs de la chimie n’entendent pas se positionner dans la transformation de la matière agricole. En revanche, ils pensent pouvoir graviter autour de bioraffineries en y prélevant des chaînes carbonées qu’ils seront ensuite en mesure de transformer. Le projet Pivert, porté par le groupe Sofiprotéol, et qui devrait bientôt aboutir à la mise en place d’une « bioraffinerie  » en Picardie est une preuve de concept, estime Vincent Touraille. Sa société est d’ailleurs l’un des partenaires du projet avec une double compétence en synthèse chimique et enzymatique qui lui est apportée par sa filiale Protéus. En outre, en partant d’une matière première fortement oxygénée, contrairement à la matière première fossile, on devrait pouvoir accéder à des produits plus innovants : nouveaux solvants moins nocifs pour l’homme et l’environnement ou molécules fortement oxygénées. « Le pétrole va devenir une denrée rare et chère, avec pour conséquence une flambée des prix de la chimie fossile. La chimie du végétal nous ouvre de nouvelles perspectives » a déclaré Vincent Touraille.

Tout comme PCAS, Isochem ambitionne également de se tourner vers ces nouveaux marchés de la chimie du végétal. « Un de nos axes de développement stratégique vise à nous diversifier dans le non pharma, tout en gardant cette approche de façonnier » confie Xavier Jeanjean, directeur commercial d’Isochem. Et déjà la société a posé ses premiers jalons dans le secteur de la chimie du végétal. Dans ce domaine émergent, la biotechnologie à pignon sur rue, mais Xavier Jeanjean estime qu’elle ne pourra pas tout faire. Il est parfois plus simple de réaliser une ou deux réactions chimiques classiques pour fonctionnaliser une molécule. « Ces deux technologies sont complémentaires. Aussi nous pouvons jouer le rôle de chaînon manquant dans ce domaine de la chimie du végétal » estime-t-il.  Isochem fait déjà état de projets au stade pilote avec des partenaires qui ont trouvé de nouvelles molécules de spécialité et ont besoin d’une intervention de chimiste, avec une approche verte. « Ce secteur est plus sensible que la pharmacie à la maîtrise des impacts environnementaux des procédés, ce qui constitue pour nous un challenge intéressant en matière d’innovation » ajoute Xavier Jeanjean. Pour capter ces nouveaux marchés, Isochem a démarré une démarche marketing depuis plus d’un an et embauché un busines manager dédié qui part en quête de ces sociétés innovantes qui développent de nouvelles molécules sur base végétale. « Au départ, nous  n’étions pas sûrs du résultat. Mais nous avons déjà remporté quelques premiers succès et nous avons un peu d’avance sur notre plan de marche » a-t-il déclaré.  Chez Isochem, cette nouvelle activité tournée vers la chimie du végétal pourrait à moyen terme représenter 10% du chiffre d’affaires de la société, tandis que son concurrent PCAS n’écarte pas la possibilité de créer une nouvelle division dédiée à cette activité.

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