La chimie du végétal dresse son bilan pour les journalistes de l’AJE

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Christophe Rupp Dahlem est président de l'ACDV.
Christophe Rupp Dahlem est président de l’ACDV.

Grâce à l’Association chimie du végétal (ACDV) créée en 2008 et au pôle de compétitivité Industries & Agroressources (IAR) qui a fêté ses dix ans, la chimie du végétal a fait du chemin sur la décennie qui vient de s’écouler. C’est en tout cas le constat dressé le 9 septembre dernier par Christophe Rupp Dahlem, président de l’ACDV, devant un parterre de journalistes spécialisés dans l’environnement, réunis au sein de l’AJE. En chiffres, la chimie du végétal pèse aujourd’hui 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires et emploie 23000 personnes. Quant à la part de la biomasse dans les achats de l’industrie chimique, elle est attendue à 20% en 2020, contre 10% en 2010.

De nombreux produits ont été lancés sur le marché ces dernières années, avec des exemples visibles sur le site www.agrobiobase.com animé par le pôle IAR. Thierry Stadler, président du pôle, a cité les trois grands segments les plus actifs : les biomolécules (tensioactifs, lubrifiants ou intermédiaires chimiques), les bioplastiques ou agromatériaux avec déjà des applications notamment dans l’automobile et les protéines et autres ingrédients alimentaires. Guy Noël Sauvion de Solvay, spécialiste de l’analyse de cycle de vie, a évoqué les importants progrès réalisés dans son domaine, ainsi que la réglementation qui avance à grand pas. Une norme européenne sur les produits biosourcés est attendue d’ici à la fin de l’année. Elle a été développée sur la base des travaux entamés au sein de son groupe de travail à l’ACDV.

Thierry Stadler accède à la présidence du pôle IAR.
Thierry Stadler est président du pôle IAR.

Deux grands instituts de transition énergétique (ITE) ont aussi vu le jour : Pivert sur la bioraffinerie des huiles, et Ifmas dans les biomatériaux. Dans les mois à venir, Thierry Stadler a expliqué que le concours mondial de l’innovation devrait pouvoir sacrer 6 ou 7 projets stratégiques encore confidentiels, en vue d’une industrialisation.

La loi sur la transition énergétique, récemment adoptée et dont on attend les décrets d’applications, devrait quant à elle pouvoir pousser l’usage de sacs de fruits et légumes biodégradables et biosourcés, dès 2017, dans les supermarchés. Une opportunité pour localiser une production de sacs en bioplastique sur le territoire français, au lieu d’une importation de sacs asiatiques en polyéthylène d’origine fossile. La loi devrait aussi contribuer à mettre en place une préférence pour les produits biosourcés dans les achats publics, à l’image du programme américain Biopreferred. « Nous regardons actuellement comment construire une liste de produits biosourcés pour les acheteurs publics » confie Christophe Rupp Dahlem.

En parallèle, l’Europe bouge aussi et les acteurs français y ont largement contribué. On peut rappeler la récente mise en route du PPP BBI, un partenariat public privé qui contribuera à injecter 3,8 milliards d’euros, dont 1 Mrd € d’argent public, dans l’aide à de premières unités industrielles. Ceci pour contrer la compétition de pays très attractifs pour attirer les premiers investissements de sociétés innovantes, à l’image de la Malaisie ou du Canada.

Bientôt une feuille de route sur la bioéconomie

En résumé, les projets et réalisations sont si foisonnants qu’il est parfois difficile de s’y retrouver. C’est pourquoi Christophe Rupp Dahlem se félicite d’une initiative interministérielle en cours. Réunissant des responsables de ministère de l’agriculture, de l’industrie, de l’environnement et du logement, elle vise à rédiger une feuille de route française sur la bioéconomie. « Cela va donner à l’Europe de la visibilité sur la France. Beaucoup d’initiatives existent. Il faut maintenant les agréger et réfléchir à d’autres initiatives pour développer les marchés » ajoute le président de l’ACDV.

Pour finir, Christophe Rupp Dahlem s’est exprimé sur la baisse du cours du pétrole qui peut être perçue comme un mauvais signal pour la compétitivité des produits biosourcés. « Avec la baisse du cours du pétrole, il sera de plus en plus difficile de remplacer des commodités d’origine fossile par des équivalents biosourcés. Mais c’était déjà très difficile en France et en Europe. C’est pourquoi les acteurs se sont orientés depuis longtemps vers la chimie de spécialité. Nous n’avons pas attendu que le prix du pétrole baisse pour aller vers les spécialités ! Nous ne sommes pas affolés par cette situation. A terme le prix du pétrole ne restera pas à ce niveau là et nous gagnerons dans la durée. Il faut être patients » a-t-il déclaré.

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