Interview de François Sautel, responsable du projet Nature Open Library de Pierre Fabre

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Article paru dans Formule verte n°26

1_PF_François Sautel, Chef de projet Open Nature Library

Le laboratoire pharmaceutique français a lancé, fin 2015, son projet Nature Open Library qui vise à partager sa collection d’échantillons végétaux.
Depuis, il a signé avec deux start-up qui vont profiter de sa connaissance des actifs végétaux. Rencontre avec François Sautel, responsable du projet.

Formule Verte : Comment a émergé l’idée de créer cette Nature Open Library ?
François Sautel : Les Laboratoires Pierre Fabre sont depuis toujours très actifs sur la filière du végétal dans le domaine de la pharmacie et de la dermocosmétique. Nous avons compris qu’il fallait être plus ouverts, plus dynamiques au niveau de l’interface avec l’extérieur. Nous avons depuis toujours une stratégie de partenariats avec une approche très ciblée en lien avec nos propres projets. Pour ce projet Nature Open Library, nous avons pris conscience que la collection que nous avons constituée n’est pas exploitée au-delà de nos propres axes historiques. Ce trésor, nous l’avons jalousement gardé, alors qu’il présente des options beaucoup plus larges.

Que représente cette collection Nature Open Library ?
F.S. : Nous disposons d’une très importante collection de parties de plantes et d’extraits végétaux. Elle se compose de racines, tiges, feuilles… Ainsi, nous comptons 15 000 échantillons qui correspondent à 7 000 espèces de plantes.

Quel type de collaborations proposez-vous pour ce projet ?
F.S. : Nous pouvons envisager différentes formes de partenariat, selon la typologie du projet qui est proposé. Nous n’avons aucun a priori sur nos futurs partenaires, que ce soit leur taille, leur statut d’entreprise privée ou d’organisme public. Nous n’avons pas non plus d’a priori sur le projet et son domaine de valorisation.

Quels sont les domaines d’application que vous visez ?
F.S. : Nous sommes ouverts à tous les domaines. Dans la santé, nous n’excluons pas les domaines où nous sommes nous-même présents : l’oncologie, la neurologie et la dermatologie. Dans ces domaines historiques de Pierre Fabre, les partenariats peuvent prendre la forme de collaborations. Nous voyons également des opportunités de partenariats pour des applications dans la nutrition, l’agrochimie et l’infectiologie.

Vous avez déjà signé deux accords de collaboration avec Plasticell et VibioSphen. Quels sont les canaux pour entrer en contact avec vous ?
F.S. : Aujourd’hui, nous avons plusieurs canaux de visibilité. Le portail web « Nature open Library » est source de nombreuses demandes qui viennent du monde entier. Un deuxième canal repose sur le réseau déjà établi par Pierre Fabre, via nos chercheurs, par exemple, mais aussi la participation à des pôles de compétitivité. Et enfin, notre présence active sur les salons et congrès professionnels. Les deux premiers accords que nous avons signés ont été initiés via le pôle de compétitivité Cancer Bio Santé, pour l’un, et le réseau professionnel, pour l’autre.

Le 1er accord a été signé avec Plasticell en février 2016, puis le 2nd en avril avec VibioSphen. Pouvez-vous en détaille les enjeux ?
F.S. : Avec l’entreprise britannique Plasticell, il s’agit d’un projet de criblage de notre collection. L’objectif est d’identifier des produits d’origine végétale qui stimulent les fonctions métaboliques du tissu adipeux brun, appelé graisse brune. Cette collaboration se concentrera dans un premier temps sur la sélection d’extraits dérivés de la partie comestible des plantes en vue de développer des aliments fonctionnels ou des nutraceutiques. La société française VibioSphen nous a sollicités pour les aider à identifier des extraits potentiellement inté-ressants pour leur projet. Nous allons leur présenter une dizaine d’échantillons qu’ils vont étudier. à travers ce screening ciblé, VibioSphen cherchera à identifier de nouvelles molécules naturelles qui pourraient être testées par la suite sur plusieurs modèles de maladies infectieuses. Selon les termes de l’accord, si cette phase initiale de screening aboutit, les Laboratoires Pierre Fabre seront alors un partenaire de choix pour accompagner VibioSphen dans les phases ultérieures de développement des molécules identifiées.

Comment Pierre Fabre est-il rémunéré pour ces projets ?
F.S. : Le retour sur investissement pour Pierre Fabre peut prendre différentes formes selon le type de projet et de partenariat. Cela peut se concrétiser sous forme d’une prestation de recherche ou de production, ou d’une rémunération dépendante de l’avancée du projet. Si le projet s’inscrit dans des axes de recherche Pierre Fabre, des collaborations ou des accords de licences peuvent être négociés. Les clauses sont précisées dès le départ dans un protocole d’accord signé avec notre partenaire.

Quelles sont les ressources déployées au sein du laboratoire ?
F.S. : Actuellement, je travaille à temps plein sur ce projet. En parallèle, nos propres équipes de recherche et développement pourront intégrer ces projets dans leur propre portefeuille d’activités. Nous pouvons également impliquer nos équipes CDMO (prestations de développement et prestations industrielles), si besoin.

Aujourd’hui, quels sont les objectifs pour ce projet ?
F.S. : Nous avons reçu des marques d’intérêt pour des applications dans les domaines de la nutrition, la dermo-cosmétique, mais aussi des sciences de la vie (pharmacie et santé humaine) et de l’agrochimie. Un troisième accord a été signé. L’objectif est de transformer une bonne partie des dizaines de discussions en cours en accords de partenariat. La démarche est bien amorcée. Il faudra attendre la fin de la première année, pour dresser
un premier bilan. Cette année est importante pour nous rendre compte de l’intérêt et de l’impact de cette initiative d’« open innovation ».

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