Fermentalg lance son introduction en Bourse

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Pierre Calleja, le président-fondateur de Fermentalg.
Pierre Calleja, le président-fondateur de Fermentalg.

La société de biotechnologie industrielle spécialisée dans la production d’huiles et de protéines issues des microalgues annonce l’enregistrement de son Document de base par l’Autorité des marchés financiers (AMF) sous le numéro I.14-040 en date du 14 mars 2014. Ceci constitue la première étape d’une introduction en Bourse sur le marché réglementé d’Euronext à Paris sous réserve des conditions de marché et de la délivrance par l’AMF d’un visa sur le Prospectus relatif à l’opération. Pour l’heure, Fermentalg a été financée par quelques actionnaires dont son président-directeur général et fondateur, Pierre Calleja, ainsi qu’Emertec Gestion, Demeter Partners et Bpifrance Investissement, à travers trois levées de fonds. Elles lui ont rapporté respectivement 2,2 M€ en 2009, 5,3 M€ en 2010, puis 12 M€ en 2013. Fermentalg avait déjà envisagé une introduction en Bourse avant sa troisième levée de fonds, et même déposé un document de base en septembre 2012. Mais les conditions économiques difficiles avaient fait avorter le projet.

Jusqu’à présent, la société basée à Libourne (33), qui emploie 46 personnes, a pu financer ses premiers développements dont la construction d’une plateforme pilote avec un fermenteur mixotrophe d’une capacité de 1m3, construit par Pierre Guérin. Aujourd’hui, son ambition est de plus grande envergure puisque qu’elle vise la construction d’une unité industrielle de 80 m3 (4 x 20m3) pouvant produire jusqu’à 400 tonnes par an de produits. Son coût est évalué à 20 millions d’euros.

La révolution des microalgues

Selon Fermentalg, une nouvelle révolution industrielle se prépare avec l’exploitation des microalgues pour produire des huiles et autres molécules d’intérêts pour les marchés de la chimie, de l’alimentation ou des biocarburants. Un potentiel que ne dément pas Arnaud Gabenisch, directeur BU Politiques Publiques de l’Innovation, même s’il constate que pour l’heure le marché mondial est attentiste autour de 0,6 à 1 Mrd €, avec une production inférieure à 10 000 t/an et entre 400 et 500 acteurs. La société Fermentalg veut néanmoins contribuer à son explosion en s’appuyant sur la capacité des algues à se comporter à la fois comme un végétal (photosynthèse) et comme un animal (alimentation en glucose, CO2, déchets…). Pour cela elle développe une technologie de rupture, la mixotrophie à dominante hétérotrophe protégée par 20 familles de brevets, dont 16 directement attachées à la mixotrophie.

Le choix de la nutrition

Pour ce qui est de ses premiers développements industriels, Fermentalg a fait deux choix stratégiques : adresser les marchés à haute valeur ajoutée tels que la nutrition, en particulier le segment des acides gras essentiels (oméga-3 et oméga-6) et nouer des partenariats avec des acteurs industriels de premier plan.

Dans cette optique, Fermentalg a signé, dès 2011, une première co-entreprise industrielle et commerciale avec le groupe Sofiprotéol. La société a également noué un partenariat avec Polaris, expert mondial dans les lipides nutritionnels, pour la production et la vente d’oméga-6. « Les premières ventes de produits pourraient intervenir dès 2015 pour les oméga-3 et 2016 pour les oméga-6 » estime la société qui vise les 400 M€ de chiffre d’affaires annuel à un horizon de dix ans avec ses partenaires. Fermentalg a également noué un partenariat avec le groupe Adisseo pour développer de nouvelles générations de protéines destinées au marché à plus fort volume de l’alimentation animale. Elle a aussi intégré des programmes collaboratifs parmi lesquels EIMA (dont elle est chef de file) et Algraal (piloté par Seppic).

Pour ce qui est de la production de biocarburants de troisième génération par les microalgues, le sujet est loin d’être mature. « Il faut cibler des marchés de faibles volumes et à forte valeur ajoutée pour développer une courbe d’apprentissage puis attaquer les marché de masse à faible valeur ajoutée et à plus long terme » conseille Arnaud Gabenisch. Pierre Calleja qui s’y s’est essayé a d’ailleurs précisé : « Nous avons loué une usine en Angleterre avec des fermenteurs et nous avons produit du biodiesel. Ça marche et le biodiesel est utilisable dans n’importe quel véhicule sans réglage moteur. Mais c’était un clin d’œil car ce n’est pas rentable. On est dix fois plus cher qu’une énergie fossile et même au delà ».

 

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