Des catalyseurs de chimie organique plus efficaces

Partager cet article avec :

La start-up rennaise Omega Cat System commercialise des catalyseurs à haute réactivité et stabilité pour la métathèse d’oléfines. Elle entend, par son innovation plus respectueuse de l’environnement, toucher de nombreux secteurs : pharmacie, chimie fine ou encore cosmétique.

Marc Mauduit et Frédéric Caijo, co-fondateurs d’Omega Cat System.

L’industrie s’oriente aujourd’hui de plus en plus vers des technologies et des procédés plus efficaces et respectueux de l’environnement. Le domaine de la chimie ne fait pas exception avec l’intérêt croissant pour le recyclage, la limitation des pollutions, la chimie verte et l’optimisation du rendement des procédés. Dans ce contexte, la start-up rennaise Omega Cat System a lancé une gamme de catalyseurs innovants pour optimiser certaines réactions de chimie organique.

Tout commence en 2006 avec des travaux au laboratoire de Sciences chimiques de Rennes (Ille-et-Vilaine). À cette époque, Marc Mauduit, chercheur de l’équipe “Chimie organique et supramoléculaire – Catalyse organométallique” du CNRS effectuait des travaux dans le but de mettre au point une nouvelle famille de catalyseurs à base de ruthénium. Dans la continuité de ses recherches, Marc Mauduit décide, en octobre 2008, de monter une business unit hébergée par l’École nationale supérieure de chimie de Rennes (ENSCR), afin d’apporter des améliorations technologiques à ses travaux et stimuler l’intérêt des industriels. La direction de cette unité a alors été confiée à Frédéric Caijo, docteur en chimie, qui avait participé à l’élaboration de ces catalyseurs innovants dès 2007. « Ce n’est qu’un an et demi après, en juillet 2010, que notre start-up Omega Cat System a été officiellement créée. Bien qu’elle soit désormais de droit privé, elle reste toujours hébergée à l’ENSCR », indique Frédéric Caijo, actuel manager de la société.

Catalyser en épargnant le produit final

Faisant l’objet de deux dépôts de brevets, l’innovation de la start-up concerne la catalyse de la métathèse d’oléfines. Cette réaction est utilisée en chimie industrielle pour l’élaboration de molécules (acides, esters gras insaturés, etc.). Elle n’est possible qu’en présence d’un catalyseur, généralement à base de ruthénium. « Le problème avec les catalyseurs actuels, c’est qu’ils manquent de réactivité et se dégradent avec le temps, libérant du ruthénium dans le produit final », précise Frédéric Caijo. Il est alors nécessaire de purifier le produit, au détriment d’un rendement optimal, limitant une éventuelle application en milieu industriel. Et c’est à ce niveau qu’intervient l’innovation de la société Omega Cat System : en effet, elle a réussi, en ajoutant des fonctions au complexe de ruthénium, à mettre au point un catalyseur dont l’activité est plus élevée, permettant ainsi de limiter la quantité à utiliser et donc le coût. En outre, les catalyseurs possèdent une plus grande stabilité, favorisant leur recyclabilité. « Par rapport à un catalyseur à base ruthénium classique, le catalyseur d’Omega Cat System libère 10 à 100 fois moins de ruthénium dans le produit final pour une réaction standard », souligne Frédéric Caijo. Et si le produit final nécessite un degré de pureté encore plus élevé, la jeune société détient également une technologie permettant de nettoyer efficacement les produits pollués par des résidus de ruthénium, atteignant une teneur inférieure à 10 ppm en accord avec les normes européennes actuelles. « Il est même possible d’atteindre une concentration en ruthénium de l’ordre de 1 ppm », indique Frédéric Caijo. À ce jour, trois gammes de catalyseurs sont disponibles chez Omega Cat System (séries M7, M8 et Tag) en quantités allant du gramme au kilogramme. Elles se présentent sur divers supports (solide ou liquide) et peuvent servir pour des procédés en flux continu. L’innovation d’Omega Cat System s’adresse principalement aux industriels du secteur cosmétique, pharmaceutique ou de la chimie fine. « Nos catalyseurs peuvent également servir à la valorisation des agroressources. Par exemple, les huiles insaturées des oléagineux peuvent être utilisées pour la production de lubrifiants, de polyoléfines ou de polyamides », insiste Frédéric Caijo. Avant d’ajouter : « Nos produits intéressent également la recherche publique, car elle permet de bénéficier d’une voie de synthèse organique plus rapide ». Outre la vente de ses catalyseurs, Omega Cat System possède une activité de conseil et de service, comme l’indique Frédéric Caijo : « Nous organisons des séminaires sur le sujet de la métathèse des oléfines et effectuons des études de faisabilité pour accompagner les industriels pour l’utilisation de cette technologie ».

Au niveau des perspectives, la société se focalise sur la simplification de ses gammes existantes, et la recherche de nouveaux types de catalyseurs. Pour la promotion de sa technologie, Omega Cat System est sur le point de recruter une personne, portant son effectif à trois. « Nous souhaitons disposer d’un effectif de cinq à six personnes d’ici la fin 2012 », espère Frédéric Caijo. Si la société se montre discrète sur son chiffre d’affaires, elle annonce avoir tout de même doublé ses ventes en 2011, notamment grâce à la signature d’un partenariat avec l’Allemand Umicore, expert dans la valorisation des métaux nobles, pour une production à grande échelle des catalyseurs. À partir d’avril, elle va participer au programme de R&D CFLOW-OM regroupant huit partenaires universitaires et industriels et qui vise à développer des catalyseurs supportés pour la métathèse d’oléfines. En outre, la start-up va bénéficier de la construction du pôle d’ingénierie chimique à l’ENSCR, qui va l’aider à se développer et renforcer son rayonnement à l’échelle internationale. Elle va également prochainement procéder à une levée de fonds, qui l’aidera à atteindre son objectif à court terme : occuper 10 % du marché des catalyseurs pour la métathèse d’oléfines dans les trois prochaines années.

Partager cet article avec :