Démonstrateur de bio-isobutène: Global Bioenergies détaille son projet

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Global Bioenergies Pilote labo
Pilote de laboratoire installé à Evry.

Produire de l’isobutène par voie biologique à partir de ressources renouvelables – des sucres -, c’est le pari que cherche à relever la start-up française Global Bioenergies depuis 2009. L’histoire a commencé par la mise au point de microorganismes capables de produire de cette molécule emblématique de la pétrochimie. Puis un travail de développement de procédé a démarré dans les locaux de la société au Genopole d’Evry, débouchant sur l’installation d’un pilote de laboratoire doté d’un fermenteur de 42 litres. En ce milieu d’année 2013, Global Bioenergies est désormais en mesure de franchir une étape supplémentaire avec un transfert de sa technologie en pilote industriel de 10 t/an, doté d’un fermenteur de 500 litres. Pour l’heure, la matière première est le glucose, dérivé de l’amidon. A terme,  les  sucres utilisés seront issus de déchets agricoles et forestiers.

Une aide publique de 5,2 M€

Pour mener à bien cette étape de pré-industrialisation, la société a réuni plusieurs partenaires autour du projet BioMA+, qui vient de recevoir une aide publique de 5,2 millions d’euros sur trois ans dans le cadre des Investissements d’avenir, dont 4 M€ pour Global Bioenergies. Parmi les partenaires, deux d’entre eux vont travailler en « sous-traitance » pour le compte de Global Bioenergies. Il s’agit de la société de recherche ARD qui apporte son démonstrateur industriel BioDemo, situé sur la bioraffinerie de Pomacle-Bazancourt. Un outil qui a déjà permis à la société américaine BioAmber de développer son procédé de production d’acide succinique biosourcé. Les installations requerront néanmoins quelques investissements, pour installer un nouveau fermenteur capable de tenir à 6 bars de pression et un train de purification qui délivrera un isobutène de pureté intermédiaire. C’est là qu’intervient la PME lyonnaise Processium, chargée de développer le procédé de purification.

Mais Global Bioénergies compte aussi parmi ses partenaires la société française Arkema, ainsi que deux laboratoires mixte-CNRS, spécialisés en catalyse : l’IRCELyon et l’ICCS à Lille. Ensemble, ils vont surtout travailler sur l’aval, à savoir l’oxydation de l’isobutène pour produire de l’acide méthacrylique ou du PMMA, sachant qu’Arkema figure parmi les leaders mondiaux dans dans l’oxydation des oléfines.

Un deuxième démonstrateur industriel en 2014 ?

« Avec ce pilote industriel, notre objectif est de valider la technologie et de fournir des échantillons industriels, notamment à Arkema » explique Marc Delcourt, p-dg de Global Bioenergies. Et si tout se passe bien, l’année prochaine le procédé sera testé dans un deuxième pilote industriel de plus grande taille (100 t/an), doté d’un fermenteur de 5000 litres, et d’un train de purification qui conduira à des grades d’isobutène de plus haute pureté. Les lieux et montants seront communiqués ultérieurement, mais Marc Delcourt confirme qu’une nouvelle levée de fonds pourrait intervenir plus tard dans l’année, probablement de l’ordre d’une vingtaine de millions d’euros.

Un business model basé sur la vente de licences

Au delà, la start-up ne prendra pas à son compte l’industrialisation car la construction d’une usine représentera entre 100 à 200 M$ d’investissement. En revanche, dès 2014, elle concèdera des licences d’exploitation, moyennant 10 M$ par installation et des redevances annuelles de 2 à 5%. Global Bioenergies estime que ses cibles sont larges, entre les sociétés agroindustrielles, les pétroliers, les chimistes, les industries manufacturières. Sans attendre 2014, Global Bioenergies a cependant déjà accordé des options de licence à des industriels intéressés par sa technologie : un grand industriel américain et un constructeur automobile allemand.

Avec ce projet de production d’isobutène biosourcé, Global Bioenergies s’attaque à un marché mondial de 25 à 30 milliards de dollars où le prix de l’isobutène s’inscrit dans une tendance haussière (autour de 2 $/kg en mars 2013). Entre les Etats-Unis et le Moyen-Orient, les grands vapocraqueurs mondiaux sont de plus en plus souvent alimentés à l’éthane au lieu du naphta. Résultat, les coupes C3 et C4 se raréfient, laissant le champ à des voies de production alternative. D’ailleurs, outre l’isobutène, l’autre grand produit de Global Bioenergies est le butadiène qui trouve des applications dans le caoutchouc synthétique. Mais si la concurrence existe sur le butadiène biologique, la société est seule en tête dans l’isobutène. Elle met à l’honneur le territoire français dans le domaine de la biologie synthèse, face à une écrasante domination nord-américaine.

Budget du programme BioMA+  
Total : 10,5 M€
7,3 M€ Global Bioenergies
2 M€ par Arkema
0,6 M€ IRCELyon
0,6 M€ ICCS

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