Deinove s’approche de la commercialisation

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Emmanuel Petiot, directeur général de Deinove.

Fondée en 2006 autour des bactéries deinococcus, la société a multiplié les annonces au premier semestre tant pour son projet Deinol autour des biocarburant que pour son projet Deinochem sur les produits chimiques.

Signatures de contrats de développement et licences, avancées sur le projet de produits chimiques, etc. Le début de l’année a été riche en annonces pour la société française créée en 2006. Deinove concrétise aujourd’hui la troisième phase de son développement. « Entre 2006 et 2010, nous étions en amorçage avec l’objectif de collecter le plus de souches possibles. Après notre entrée en Bourse sur Alternext en 2010, nous avons commencé à travailler plus en profondeur sur ces souches, à les modifier de manière réelle. Et depuis 2012, nous sommes dans une phase d’accélération. Nos effectifs par exemple sont passés de 28 à 45 personnes », analyse Emmanuel Petiot, directeur général de Deinove. La société montpelliéraine dispose ainsi d’un souchier de 6 000 bactéries dont 2 500 Déinocoques pour sa plateforme d’ingénierie métabolique. « Nous arrivons à modifier ces souches pour toutes les applications industrielles de manière plus simple que sur E. coli grâce à des outils informatiques codéveloppés avec Cad4Bio. Nous pouvons construire des souches de plus en plus pertinentes et générons dix fois plus de candidats d’intérêt pour les industriels », souligne le dirigeant. La société est spécialisée dans les bactéries extrêmophiles, pouvant travailler à des températures élevées. Deinove se concentre sur deux axes de développement : les biocarburants de seconde génération avec son projet Deinol et les composés chimiques avec le projet Deinochem. Un troisième axe de recherche, Deinobiotics, dans le domaine de la santé a été filialisé en 2013. Deinove détenant 49 % de cette structure de six chercheurs à Lille.

Trois catégories de composés intéressent Deinochem

Lancé fin 2013 avec un financement de 5,9 millions d’euros de l’Ademe et du Commissariat général à l’investissement, Deinochem est le projet le plus récent de la société française. Il vise à « fabriquer des composés chimiques biosourcés », indique Emmanuel Petiot. Il précise que la société se concentre sur « la voie des isoprénoïdes, une famille de plus de 20 000 composés avec des applications en alimentation humaine et animale, la cosmétique, la parfumerie, etc. ». Trois catégories de composés isoprénoïdes intéressent particulièrement Deinove : des composés aromatiques (linalool, géraniol, myrcène, limonène et licopène), les caroténoïdes et l’isoprène. L’objectif de la société est d’obtenir une preuve de concept pour la production de ces composés à partir de biomasse en utilisant ses souches bactériennes. L’entreprise estime à 16 M€ l’investissement total pour amener deux composés à la phase de validation pré-industrielle. Dans le domaine des caroténoïdes, Deinove a sélectionné des souches qui vont générer ces composés. « Pour certains caroténoïdes, la voie est déjà tracée. Il s’agit alors d’un simple travail de criblage, bien plus rapide qu’un lourd travail d’ingénierie métabolique. Ces molécules sont par exemple intéressantes pour le secteur de la cosmétique », indique le dirigeant. La société pourrait annoncer la signature d’un partenariat dans ce domaine dans les prochaines semaines. Et d’autres discussions, toujours pour des applications dans la cosmétique et l’alimentation animale et humaine, sont en cours.

Un programme sur les biocarburants

Deinove s’est aussi positionné sur le domaine des biocarburants avec son programme Deinol. Lancé en 2009, il s’agit du programme le plus avancé de la société montpelliéraine. L’objectif est de développer la preuve de concept de la production de biocarburant de deuxième génération. « Nous avons déjà réussi à produire de l’éthanol à partir du glucose, maintenant nous travaillons à la production à partir de glucose et de xylose. Au fur et à mesure nous ajoutons des difficultés avec l’utilisation de résidus agricoles ou déchets », souligne Emmanuel Petiot. La société a annoncé en juillet avoir obtenu des souches « aux propriétés cellulolytiques particulièrement performantes ». Les Déinocoques utilisés permettent par exemple d’hydrolyser de la cellulose cristalline sous forme de papier en 7 jours environ « ce qui est très prometteur pour obtenir de l’éthanol de seconde génération », se félicite le dirigeant. La société avait débuté l’année avec l’annonce de la production d’ « éthanol à 9 % avec des rendements inégalés » à partir de biomasse non-alimentaire. Cette production s’est faite à partir de glucose dans des fermenteurs pré-industriels de 20 litres, « dans un milieu de culture purement minéral, relativement pauvre en nutriments, soit un mode de production adapté au monde industriel », selon Deinove. La société a débuté des essais dans des bioréacteurs de 300 litres et devrait poursuivre avec des tests « à l’échelle de plusieurs m3 » en fin d’année 2014. En parallèle, Deinove a signé des contrats de collaboration dans le domaine des biocarburants de deuxième génération. Elle a annoncé en juin des contrats avec le producteur de bioéthanol Abengoa et avec le groupe Suez Environnement. « Ces projets visent à qualifier nos bactéries sur les matières premières de nos clients. Nous allons faire des essais puis monter en échelle avec un rendement et un titre compatibles avec une industrialisation », souligne Emmanuel Petiot. L’objectif étant au bout des deux à trois ans de projets, vendre les bactéries Deinove dans les usines de ces clients.

Si Deinove a ainsi connu des développements très positifs pour l’avancement de ces projets, « la partie capitalistique compte » également, comme ne s’en cache pas Emmanuel Petiot. Avec un business model qui repose sur la vente de licence, le dirigeant espère que « dans deux ans, nous commencerons à générer les 1er up-front ». Deinove, qui a levé 17,6 millions d’euros depuis sa création en 2006, a renoncé à une nouvelle levée de fonds début juillet. « Cela ne remet pas en cause nos plans de développement. Nous nous sommes heurtés à un problème de complexité de structure d’opération ainsi qu’à des conditions de marché compliquées. Nous avons donc reporté cette augmentation de capital », indique le directeur général. Il se tourne désormais vers les Etats-Unis. « En France, les fonds d’amorçage sont légions, mais on a du mal à financer les sociétés intermédiaires. Aux Etats-Unis, les financements sont certainement plus disponibles, en quantité plus importante », ajoute Emmanuel Petiot. Il écarte pourtant la possibilité d’installer sa société outre-Atlantique. « Notre recherche est bien ancrée à Montpellier. Nous avons des équipements dernier cri. Nous venons de commander des fermenteurs. Un déménagement n’est pas à l’ordre du jour », confie-t-il. La société poursuit donc en France ses développements autour de ces deux programmes Deinochem et Deinol.

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