Danone teste l’utilisation de matériaux biosourcés dans ses emballages alimentaires

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L’usage de matériaux biosourcés est un des leviers actionnés par le groupe Danone pour réduire son empreinte environnementale. Détails avec Françoise Poulat, chercheur au Danone Research Packaging Center.

 

Formule Verte : Experte en matériaux d’emballage, vous travaillez pour le Danone Research Packaging Center basé à Evian. Quand sont apparus les premiers emballages biosourcés dans le groupe Danone ?

Françoise Poulat : La première expérience remonte fin des années 90 avec le lancement d’un pot de yaourt en PLA en Allemagne. Mais nous n’avons pas donné suite à cette expérience car cette innovation était arrivée trop tôt pour le consommateur. Danone a renouvelé l’expérimentation, fin 2009, aux États-Unis sur la marque ‘organic’ Stonyfield, puis en Allemagne sur la gamme Activia. Cette expérimentation nous a confirmé que c’est un matériau bien adapté au process de thermoformage et il pourra être déployé à l’avenir dans d’autres pays sur cette application.

Avez-vous étudié le PLA dans l’emballage des bouteilles d’eau ?

F. P. : Nous avons dans le pôle Eaux de Danone les marques Volvic, Evian, Salvetat et Badoit. Le PET est largement utilisé pour les bouteilles d’eau, c’est le matériau idéal par ses performances barrières, sa transparence, son innocuité et ses filières de recyclage existantes. En ce qui concerne le PLA, par ses propriétés de perméabilité à la vapeur d’eau plus de 10 fois supérieure à celle du PET, il n’est pas envisageable pour les bouteilles d’eau qui doivent être conservées à température ambiante sur une durée pouvant aller jusqu’à deux ans. Par ailleurs, les bouteilles en PET sont largement recyclées, et l’introduction de PLA dans la filière risquerait de la polluer.

Pourtant, vous proposez des solutions biosourcées dans l’eau, si l’on en croit la bouteille de Volvic en plastique partiellement végétal qui est présente dans les rayons de nos magasins ?

F. P. : Le PET est une résine qui est parfaitement adaptée à la fabrication de bouteilles d’eau et, bien évidemment, ce matériau préserve parfaitement la qualité de l’eau minérale naturelle. Dans ce domaine, notre volonté est d’utiliser le maximum de matériaux recyclés et d’aider aux développements des matériaux biosourcés. Le PET est produit à partir de deux monomères que sont l’éthylène glycol et l’acide téréphtalique. À ce jour, seul l’éthylène glycol, obtenu à partir d’éthanol biosourcé, est présent sur le marché. Néanmoins, ce premier pas nous permet de proposer un emballage biosourcé à 31 % en poids, s’il est totalement produit avec du PET vierge. Dans le cas de la bouteille Volvic, ce taux est ramené à 20 % en raison de l’ajout de 35 % de PET recyclé.

Comment pallier cette difficulté à trouver de l’acide téréphtalique en version biosourcée ?

F. P. : Des recherches sont en cours pour tenter de développer de l’acide téréphtalique à 100 % biosourcé, mais il faudra probablement attendre quelques années avant un développement industriel. Danone Research a signé un partenariat important en mars avec la société néerlandaise Avantium. Il porte sur le développement de l’acide 2,5-furane dicarboxylique ou FDCA, selon la technologie XYX d’Avantium. Ce monomère permet d’accéder à un nouveau polyester, le polyéthylène-furanoate ou PEF que l’on pourrait substituer au PET. Le lancement industriel de ce nouveau matériau est envisagé pour 2015.

Utilisez-vous d’autres matériaux biosourcés ?

F. P. : Nous sommes un utilisateur de polyéthylène biosourcé de la société brésilienne Braskem. Ce matériau est utilisé pour l’emballage d’Actimel dans un certain nombre de pays dont la France.

Avez-vous l’intention de déployer plus massivement l’usage de matériaux biosourcés ?

F. P. : Les matériaux biosourcés nous intéressent dans la perspective de substituer les énergies fossiles par des matériaux renouvelables et réduire ainsi notre empreinte carbone. Mais ce n’est pas le seul levier que nous pouvons actionner, puisque nous travaillons également sur l’économie de matière et sur le recyclage. Avec les matériaux biosourcés, nous sommes dans une démarche de transition et nous devons avancer par étape. Par ailleurs, en tant que groupe agroalimentaire, nous évaluons aussi l’impact potentiel des matériaux biosourcés sur les cultures dédiées à l’alimentation. Aussi, nous nous intéressons de près aux technologies dites de deuxième génération qui visent à utiliser des déchets de plantes et de bois au lieu des parties nobles de la plante. Quand ces technologies existeront et seront compétitives, ce sera un énorme levier pour le développement des biomatériaux dans l’emballage alimentaire.

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