Crowdfunding : « Une nouvelle manière de financer les biotech »

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Article paru dans Formule Verte n°22, juillet 2015

Alors que le crowdfunding ou financement participatif séduit de plus en plus de biotechs, Éric Lameignère, directeur de Genopole Entreprises détaille les opportunités et les points de vigilance pour les sociétés innovantes.

Eric Lameignière, directeur de Genopole entreprises. Crédit : Genopole entreprises
Eric Lameignière, directeur de Genopole entreprises. Crédit : Genopole entreprises

Plusieurs biotechs santé et environnement ont récemment fait appel au crowdfunding ou financement participatif pour des levées de fonds. Comment abordez-vous ce nouveau mode de financement ?

Éric Lameignère : Il existait en France un problème pour l’amorçage des sociétés de biotechnologies. Cette étape permet de financer les preuves de concept et nécessite des montants de 500 000 € à 1 M€, selon les secteurs industriels. L’État a créé un fonds de fonds, le Fonds national d’amorçage. Les business angels se sont également structurés en réseaux thématiques ou régionaux. Et nous voyons émerger, depuis 3 à 4 ans, une nouvelle source de financement : le crowdfunding. Nous avons pris contact avec des sociétés de crowdfunding pour comprendre leurs modèles et évaluer le coût de ce mode de levée de fonds. Au début, nous étions un peu dubitatifs, puis plusieurs sociétés de Genopole ont réalisé des levées de fonds par ce biais.

Le crowdfunding est une solution alternative pour le financement de l’amorçage. Quel impact cela va-t-il avoir sur les tours de table suivants ?

E.L. : C’est un point qui nous dérangeait au début car la présence d’un grand nombre d’individus au capital décourage les sociétés de capital risque pour les levées de fonds suivantes. Aujourd’hui, certaines plateformes de crowdfunding proposent de gérer des holdings pour regrouper les investisseurs, ce qui est de nature à rassurer les sociétés de capital risque.

Pour lever des fonds via les plateformes de financement participatif, il faut séduire les investisseurs particuliers. N’est-ce pas un challenge important pour des projets souvent très techniques ?

E.L. : C’est le côté injuste du crowdfunding. Tous les sujets ne vont pas être égaux. Certains projets lisibles, sympathiques… ont plus de chance d’être financés que d’autres reposant sur des techniques plus ardues. C’était déjà le cas pour les investissements traditionnels. Mais dans le crowdfunding, il existe de nombreuses catégories d’investisseurs. Les dossiers plus techniques verront intervenir les investisseurs qualifiés, des spécialistes du domaine qui peuvent faire l’évaluation pour les autres.

En termes d’évaluation, tout le monde peut-il financer son projet par crowdfunding ?

E.L. : Non, les plateformes de crowdfunding font un travail de sélection. Beaucoup de sociétés sollicitent les plateformes, mais leurs projets sont soumis à évaluation et le taux de refus n’est pas négligeable. Nous réfléchissons actuellement au sein de Genopole Entreprises à un partenariat avec une plateforme de crowdfunding qui apporterait le moyen de financement, et nous, l’expertise scientifique.

Une fois passé l’étape de sélection, le projet doit séduire les investisseurs, notamment grâce à la communication. Une démarche à laquelle les jeunes sociétés ne sont pas toujours habituées…

E.L. : Effectivement, les sociétés se doivent de communiquer auprès des investisseurs. Cela oblige les sociétés à être structurées. Cela les prépare au jour où elles iront en Bourse. Des sociétés de crowdfunding proposent des services de communication. Le coût n’est pas prohibitif, mais il faut l’anticiper.

En parlant de coût, quel est le coût réel pour une entreprise de passer par le crowdfunding ?

E.L. : Cela dépend des modèles et des plateformes de crowdfunding. Des sociétés de crowdfunding proposent d’intervenir en amont pour préparer l’entreprise à monter un dossier présentable. Il faut bien évaluer l’ensemble des coûts, intégrer ceux liés à la communication institutionnelle et les coûts éventuels de montage et de gestion de la holding. Ce n’est pas forcément plus cher qu’une levée de fonds classique avec tous les coûts juridiques.

Finalement, comment voyez-vous l’émergence de ce nouvel outil de financement ?

E.L. : Il est très positif de voir arriver une nouvelle manière de financer. Cela fait bouger les choses et donne de la visibilité aux biotechs. Il faut cependant rester vigilant, notamment préserver les tours de tables suivants.

Propos recueillis par Aurélie Dureuil

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