Colloque : Favoriser davantage la valorisation industrielle des coproduits

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Paru dans Formule verte n°28

Le pôle IAR et Adebiotech ont organisé un événement consacré à la valorisation des coproduits agroalimentaires L’occasion d’évoquer les différents freins et les stratégies à adopter pour structurer une filière au niveau national.

CoproInov a été l’occasion de faire un point sur les différentes filières de valorisation de coproduits. © Adebiotech/Clarisse Toitot

Si la valorisation matière de coproduits a pris de l’ampleur, ces dernières années, avec l’émergence de l’économie circulaire, cette pratique est depuis longtemps ancrée dans certains secteurs comme l’agriculture. Avec le développement de l’industrie agroalimentaire, la réutilisation de ces résidus s’est étendue à d’autres domaines pour la fabrication de nouveaux produits. C’est dans ce cadre que le Think Tank français sur les biotechnologies Adebiotech et le Pôle IAR ont organisé, les 11 et 12 octobre derniers, le colloque COPROInov pour faire le point sur cette thématique. Cet événement a permis aux acteurs de la bioéconomie d’échanger sur les verrous rencontrés et de témoigner de projets aboutis en la matière.
Un des premiers écueils constatés concerne la définition même de coproduit au niveau des réglementations. Si un consensus industriel semble exister, cette notion n’existe pas au sens juridique. Ce qui peut poser des problèmes, comme l’indique Marie-Pierre Maître, avocate associée au cabinet Huglo-Lepage : « Les textes réglementaires définissent les notions de déchet, de sortie du statut de déchet et de sous-produit, mais aucun ne qualifie le coproduit. Cela peut ainsi causer des difficultés pour appliquer la réglementation, par exemple en matière de transport, de libre circulation ou encore de contrats ». Pour ne pas faciliter le débat, la qualification juridique d’un produit peut varier au cours du temps : un résidu peut ainsi être considéré comme un déchet ou un sous-produit, selon les cas. Le guide technique de l’Ademe “Les coproduits d’origine végétale des industries agroalimentaires” sorti en 2002 indique néanmoins que « les coproduits ne sont en aucun cas des déchets ». « Compte tenu des différentes définitions, il semble dès lors que la notion de coproduit est à rapprocher de celle de sous-produit », précise Marie-Pierre Maître (Huglo-Lepage). Avant d’ajouter : « L’interprétation extensive de ces notions de coproduits et sous-produits ralentit les démarches de valorisation. Mais cela évolue dans le bon sens ». Cette complexité juridique autour de la valorisation des sous-produits ne s’arrête pas à une définition de notion. Nicole Coutrelis, avocate associée au cabinet Coutrelis & Associés, estime que chaque cas de valorisation doit être regardé individuellement : « Selon le cas, il existe des règles spécifiques relatives “déchets” ou relatives aux produits finis. La contrainte réglementaire en aval n’est pas à négliger et doit être traitée au cas par cas ».
Un autre frein au développement de la valorisation des coproduits réside dans l’aspect technico-économique. « L’approvisionnement de la matière première doit être rentable pour celui qui souhaite valoriser des coproduits. Ce point est d’autant plus important, quand il s’agit de matière première secondaire », explique Lionel Muniglia, directeur scientifique de Biolie, spécialiste des procédés d’extraction enzymatique d’ingrédients naturels.

S’organiser en filières pour une meilleure disponibilité
Un avis que partage Valérie Bris, directrice adjointe du pôle Animal de la coopérative agricole Coop de France :
« Par sa nature, la génération de coproduits est confrontée à des problématiques de disponibilité, étant non intentionnelle. De ce fait, les gisements ne sont pas réguliers dans le temps, éparpillés et hétérogènes ». Et un des moyens d’optimiser au mieux l’utilisation de ces gisements est de s’organiser en filières, selon Jacky Vandeputte, responsable Projets Biomolécules au Pôle IAR : « Il est possible d’élaborer des projets structurants en ayant une vision de la chaîne de valeur. L’organisation peut également consister à regrouper plusieurs projets afin de bénéficier d’une approche intra- et inter-filières, permettant de garder de la flexibilité en termes d’utilisation et de favoriser la diversification d’activités ».

Des initiatives de valorisation déjà en œuvre
Les acteurs de l’industrie n’ont pas attendu la structuration d’une chaîne de valeur optimisée pour commencer les démarches collaboratives pour élaborer de nouveaux produits à partir de coproduits. Parmi les exemples évoqués lors du colloque, nous trouvons la démarche de la société Copalis. Cette société a noué un partenariat avec l’Institut Charles Viollette dans le cadre du projet européen SeaFood-Plus qui s’est tenu de 2004 à 2008. Ce programme de R&D visait à identifier des actifs peptidiques issus de coproduits de la pêche.
« Cette collaboration scientifique a notamment abouti à la découverte d’hydrolysats de protéines de cabillaud, de lieu noir et de squale chagrin aux effets satiétogènes. Le concentré de protéines issu de cabillaud est désormais commercialisé sous le nom de Nutripeptin par notre société à destination de la nutrition humaine », détaille Luce Sergent, responsable Innovation chez Copalis.
Ce projet a également aidé à identifier d’autres substances valorisables à échelle industrielle, comme le collagène, les élastines, le sulfate de chondroïtine, etc. En matière de recherche partenariale, les deux sociétés collaborent désormais sur le programme PepSeaNov. « Ce projet vise à caractériser des actifs peptidiques issus de coproduits de poisson et à développer de nouveaux ingrédients pour la nutrition humaine et animale à partir de techniques innovantes »,décrit Rozenn Ravallec, maître de conférences à l’université de Lille 1 et à l’Institut Charles Viollette. Autre exemple de valorisation réussie avec le groupe Angibaud spécialisé dans les engrais : organiques, aquasolubles, liquides et biostimulants. « Notre approche est de s’appuyer sur les matières fertilisantes alternatives, issues des industries agroalimentaires : marcs de raisin, graines d’oléo-protéagineux, pulpes de fruits, guano de poisson, sang desséché, etc. », développe Thierry Micalet, directeur marketing d’Angibaud.
Avant d’ajouter : « Les substances organiques issues de coproduits végétaux permettent de reconstituer l’humus, tandis que celles provenant de coproduits animaux sont sources d’éléments fertilisants secondaires comme les vitamines ou les acides aminées ». Enfin, la PME SDP, spécialisée dans la formulation et la production de produits pour l’agriculture, a présenté le projet collaboratif de R&D Cutine démarré en 2016. Ce programme a pour objectif d’extraire des biomolécules de cuticules de tomates en vue d’application dans le domaine agricole. « Ces actifs serviront notamment à formuler des tensioactifs fonctionnalisés utilisables pour des adjuvants phytosanitaires et des produits de biocontrôle et de biostimulation », précise Cédric Ernenwein, directeur Recherche et Innovation de SDP. Avant de continuer : « Il est également envisageable d’exploiter les drèches de tomate pour leurs acides gras et leurs caroténoïdes ».
Le colloque CoproInov a permis de constater que le secteur industriel est prêt à recourir à la valorisation de coproduits. Si certains acteurs sont déjà engagés dans des projets en la matière, il semble nécessaire d’envisager une structuration en filière interdisciplinaire afin de lever les derniers freins, notamment réglementaires et économiques. Et cela pour démocratiser la valorisation des coproduits, comme cela est préconisé par la bioéconomie.

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