Chimie du végétal : succès de l’édition 2015 du Plant Based Summit

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Avec près de 600 participants et une cinquantaine d’exposants, la conférence-exposition Plant Based Summit (PBS) qui s’est tenue à Lille les 8 et 9 avril a rencontré un grand succès. Cette manifestation à l’initiative de l’Association Chimie du Végétal (ACDV), en partenariat avec le groupe InfoPro Digital, avait en effet choisi la région Nord-Pas-de-Calais pour organiser une troisième édition d’un rendez-vous bisannuel, et désormais incontournable, pour tous les acteurs de la chimie du végétal en France et en Europe.

Calendrier oblige, cette édition 2015 a été largement placée sous le signe de la bioéconomie. En effet, en décembre à Paris se tiendra la 21e conférence sur le climat (COP21). Or la bioéconomie figure parmi les grands leviers à activer pour contenir les émissions de gaz à effet de serre de la planète. Et la chimie du végétal, tout comme l’alimentation, la construction ou la production d’énergie est bien l’une des composantes de cette bioéconomie.

Deux tables rondes ont ainsi été consacrées à la bioéconomie avec la venue d’intervenants internationaux prestigieux. Il est clair qu’aux Etats-Unis, Barack Obama a fait de la bioéconomie une des priorités de son administration dès 2012 compte tenu du potentiel de croissance et de création d’emploi qui se cache derrière a rappelé Rina Singh, Senior Director Policy, Biotechnology Industry Organization. Une des actions emblématiques est notamment le Biopreferred Program du ministère de l’agriculture qui favorise les produits biosourcés dans les achats publics. Plus récemment l’Agricultural Act of 2014, plus connu sous le nom de Farm bill, prévoit une aide de près de 1 milliard de dollars aux agriculteurs américains. Au Brésil, l’économie repose déjà en grande partie sur l’exploitation de la biomasse, en particulier de la canne à sucre. Et contrairement à l’opinion généralement admise, Manoel Teixeira, directeur général de Brazilian Agricultural Research Corporation, a expliqué qu’il restait encore des territoires disponibles sans toucher à la forêt amazonienne (de quoi multiplier par six les surfaces exploitées). Outre le développement des surfaces, le gouvernement pousse à la diversification des cultures et à leur durabilité. Des milliards de réals sont injectés chaque année dans de tels projets. Du côté du Canada, Murray McLaughlin, de Bioindustrial Innovation Canada, a estimé que « le sucre sera le brut du futur ». De part ses vastes étendues, le pays possède une très grande capacité de production de biomasse, assez diversifiée. Mais le Canada travaille également sur la compétitivité de ses clusters industriels pour attirer des investissements étrangers. C’est dans ce cadre que la société BioAmber, qui avait pourtant effectué le pilotage de sa technologie sur la plateforme de Bazancourt-Pomacle dans la Marne, va démarrer avant la fin de l’année sa première unité de production industrielle d’acide succinique à Sarnia en Ontario. La première table ronde était animée par Christophe Luguel, directeur des affaires internationales du pôle de compétitivité Industrie et Agro-Ressources (IAR).

Une stratégie européenne depuis 2012

En Europe, on retiendra que la Commission européenne a identifié ce gisement de croissance qu’est la bioéconomie depuis 2012. Elle a estimé que ce secteur représentait déjà plus de 2 000 milliards d’euros de chiffre d’affaires et employait plus de 22 millions de personnes soit 9 % de l’emploi en Europe. Dès lors, une stratégie européenne pour une bioéconomie a été mise en place et a permis aux industriels de bénéficier de conditions économiques favorables pour un investissement dans les premières unités de production de solutions innovantes n’ont pas manqué de rappeler Christophe Rupp Dahlem, président de l’ACDV (animateur de la deuxième table ronde sur la bioéconomie), ainsi que Gwenole Cozigou, directeur général Marché intérieur, Industrie, Entrepreunariat et SME de la Commission européenne. Parmi les nombreuses initiatives en cours, un Partenariat Public-Privé européen (50 % industriels – 50 % Commission européenne), le Bio-Based Industries PPP permet de financer des unités industrielles innovantes utilisant de la biomasse comme matière première. Stefano Facco, directeur New Business Development de Novamont a également démontré à travers l’exemple de Matrica (j-v Novamont et Versalis) que la bioéconomie pouvait être une chance pour la réhabilitation de sites de production chimiques qui ne sont plus concurrentiels ou déjà déclassés. Selon ce modèle, la raffinerie de Porto Tores en Sardaigne est en train d’être transformée en bioraffinerie pour produire des acides en C9 (azelaïque, pélargonique) ou encore du butanediol.

Certains pays comme l’Allemagne, la Finlande, les Pays-Bas ou le Royaume-Uni, ont d’ailleurs défini des stratégies sur le long terme. En revanche, la France est un peu à la traîne. Il y a bien eu une communication en conseil des ministres en 2007 « pour une politique gouvernementale de valorisation de la biomasse », et qui aurait pu faire office de feuille de route, mais les équipes du ministre de l’agriculture Stéphane le Foll ont visiblement décidé de repartir à zéro. Quoiqu’il en soit un représentant du gouvernement a confirmé qu’une feuille de route sur la bioéconomie était bien en cours d’élaboration. Stéphane Le Foll, qui s’est exprimé en vidéo, a préféré insister sur le concept d’agroécologie qu’il porte. Il a expliqué que le développement des produits biosourcés devait se faire en cohérence avec les principes de l’agroécologie, c’est-à-dire en conciliant performance économique et environnementale.

De tous ces échanges, il est donc ressorti que le développement de la bioéconomie est la voie à suivre sur le long terme pour de nombreuses nations, même si elle demande beaucoup d’engagement et de l’investissement.

Quid de la baisse du cours du pétrole ?

Dans une vision plus « courtermiste », la question de l’impact de la baisse brutale des cours du pétrole sur le développement de la bioéconomie et de la chimie du végétal a été largement débattue tout au long des deux journées de congrès. Selon les répondants, toutes les opinions ont été formulées. Au Canada, l’impact est tellement défavorable pour le secteur pétrolier, tourné vers l’exploitation d’hydrocarbures non conventionnels, que le secteur du biosourcé semble épargné. Aux Etats-Unis, c’est la course à l’indépendance en matière de ressources qui prime. Du coup, le biosourcé garde tout son intérêt. En revanche, au Brésil la nouvelle donne a tendance à freiner le développement des projets, d’autant que le pays reste très tourné vers des applications énergétiques de la biomasse.

Pour ce qui est de l’Europe, les participants ont surtout commenté l’impact de la baisse du cours du pétrole sur la chimie du végétal. Et tout dépend de la nature des produits biosourcés considérés. Carsten Siedeb, senior vice-president, Fine Chemicals & Biocatalysis Research chez BASF, a bien résumé la problématique, en expliquant que les commodités biosourcées ont peu de chance de s’imposer en Europe lorsqu’il s’agit de solutions drop-in pour lesquelles il existe déjà une version fossile (cas de l’éthylène ou de l’acide acrylique). Quelques commodités pourraient cependant faire exception si leurs alternatives fossiles venaient à se raréfier (cas des C4). Aussi en Europe, on encourage le développement de spécialités apportant de nouvelles fonctionnalités. Pour l’heure, un contenu biosourcé n’est pas rémunéré. En revanche, un prix premium peut être accordé pour une amélioration de fonctionnalité. Dans ce contexte, la molécule plateforme FDCA (acide 2,5-furanedicarboxylique), développée par Avantium avec sa technologie YXY ou Corbion Purac, pourrait avoir un avenir prometteur. Elle vise à produire un polyester PEF qui pourrait remplacer le PET dans des applications d’emballage de boissons en raison de ses meilleures propriétés barrières vis-à-vis de plusieurs gaz dont l’oxygène. Autre exemple avec l’isosorbide de Roquette qui permet d’améliorer les propriétés de nombreux plastiques (PC, PVC, PU, PET…). Le groupe agroindustriel a justement profité de la tenue de PBS pour annoncer le démarrage d’une unité de taille mondiale de 20 000 t/an sur son site de Lestrem dans le Pas-de-Calais, compte des prévisions de la demande.

La question de l’open innovation a également été évoquée dans le cadre d’une session dédiée. François Monnet, directeur Chimie renouvelable chez Solvay, a voulu rappeler la complexité du challenge à relever si l’on veut créer de la valeur. « Nous vaincrons ensemble ou personne ne vaincra » a-t-il déclaré, alors que son groupe multiplie les alliances avec des start-up (Synthace et Cellucomp par le biais du Sofinnova Seed Fund) ou des entreprises de plus grande taille (Granbio), des clusters ou des fonds d’investissement.

Le pouvoir des marques

Enfin, quelle que soient les superbes innovations que les chercheurs parviennent à mettre sur le marché, il est ressorti des nombreux échanges que les détenteurs de marques joueront un rôle essentiel dans le développement de la chimie du végétal. C’est le « market pull » (par opposition à la « technology push »). Selon Michel Philippe, Senior Research Associate Sustainable Transformations Manager, L’Oréal puise désormais 47% de sa matière première dans le pool végétal et souhaite aller encore plus loin. Tetrapack veut des emballages à 100% biosourcés d’ici à 2020. Lego veut remplacer 100% de son ABS à l’horizon 2030. Coca-Cola, qui joue un rôle moteur depuis 5 ans avec ses Plant Bottle, aurait augmenté ses ventes de 12% la première année de lancement. Et l’on pourrait citer Eiffage, Unilever, Ikea, Wallmart, Mitsubishi, Toyota… cette liste de sociétés intéressées par le biosourcé est loin d’être exhaustive. Katja Salmenkivi, Global Head of Chemicals and Biomaterials chez Pöyry Management Consulting, a estimé que ces détenteurs de marques allaient prendre de plus de place dans le futur. Et grâce à leur savoir-faire marketing, ils devraient contribuer à l’éducation des consommateurs ce qui ne manquera pas de stimuler toujours plus la demande.

L’édition 2015 du Plant Based Summit s’est finalement achevée sur le constat que la chimie du végétal est bien une voie d’innovation et de diversification pour l’industrie chimique en particulier en France. Pour célébrer cette chimie renaissante qui pourrait contribuer à redynamiser l’emploi (23 000 emplois directs en 2015 et 42 000 emplois attendus en 2020), l’Union des Industries Chimiques a invité tous les participants de PBS à un cocktail dînatoire le 8 avril à l’Hospice Gantois, une institution datant du XVe et figurant parmi les joyaux historiques de la ville de Lille.

 

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