Chimie du végétal : Les grandes marques sont des prescripteurs de choix

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Editorial paru dans le revue Formule Verte, n°19, septembre 2014

Finalement, les meilleurs alliés de la chimie du végétal ne seraient-ils pas ses clients en aval ? On évoque souvent le cas de Coca-Cola, et de sa plantbottle en PET. Pour le moment, elle ne contient que 25% de matière végétale, mais à terme l’objectif est bien d’atteindre les 100%. Le groupe soutient notamment la start-up Avantium qui développe actuellement du PEF biosourcé en substitut du PET. Dans le secteur automobile, on va retrouver des acteurs comme PSA, qui poussent non seulement les bioplastiques, mais aussi les agrocomposites pour abaisser l’empreinte carbone de leurs véhicules, au delà de la simple diminution de la consommation en carburant. Dans les cosmétiques, il y a des incontournables dont L’Oréal qui prône la chimie verte dans son ensemble, ou Yves Rocher totalement voué au végétal. Et les efforts de toutes ces marques sont consentis alors que le consommateur ne le réclame même pas. Il rêve juste de naturel, incapable de faire la distinction entre les « 3 bio » : le bio-dégradable, le bio-logique et le bio-sourcé.

Michelin renforce sa mobilisation dans le domaine du biosourcé

Dorénavant, dans la liste de ces grands prescripteurs de chimie du végétal, il faudra penser à rajouter le pneumaticien Michelin. Parmi les sujets qu’il travaille, le groupe de Clermont-Ferrand cherche à remplacer ses élastomères fossiles par des versions biosourcées à base de biobutadiène, mais il s’intéresse aussi au cas du polyisoprène pourtant d’origine naturelle. Malgré l’avènement des élastomères fossiles, l’industrie des pneumatiques n’a jamais pu se passer de ce dérivé de l’hévéa qui représente encore le quart de sa matière première. Or la disponibilité de cette ressource est de plus en plus menacée par des aléas climatiques, des maladies ou autres déconvenues. D’où l’idée de travailler sur des voies de production alternatives de polyisoprène à partir d’autres biomasses plus accessibles et plus variées. Pour Michelin, le sujet n’est pas nouveau, puisqu’il y travaille depuis 2011 dans le cadre d’une association avec la société américaine Amyris. (La même société qui travaille avec Total, Firmenich, IFF, Givaudan, Takasego, BASF… autour de sa molécule plateforme le farnésène). L’intention des deux partenaires est de développer puis de commercialiser un isoprène renouvelable, à partir de biomasse de première génération comme la canne à sucre ou de deuxième génération comme la cellulose. Un démonstrateur de 50 000 t/an était même annoncé en France pour 2020 avec un financement de l’Ademe dans le cadre des Investissements d’avenir. Mais la dernière nouvelle en date est que ce projet pourrait être accéléré. Michelin et Amyris viennent en effet d’intégrer à leur duo le groupe Braskem. Le pétrochimiste brésilien intervient en qualité de numéro un mondial des bioplastiques, titre qu’il a acquis grâce au succès planétaire de son polyéthylène vert issu de la canne à sucre. Et lorsque les 170 millions de pneumatiques produits chaque année par Michelin et distribués dans 170 pays intégreront tous une part de biosourcé, quelle formidable vitrine pour la chimie du végétal ! Ainsi, alors que les premiers efforts ont été consentis par les groupes agroindustriels, ce sont les grandes marques qui pourraient bien écrire les prochaines pages de l’histoire de la chimie du végétal.

 

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