Carbios dégrade les plastiques

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La jeune société clermontoise se penche sur les biopolymères et plus généralement tous les polymères. L’objectif est d’améliorer leur recyclage voire de les dégrader complètement.

Jean-Claude Lumaret, directeur général de Carbios.

Tout est dans le nom. Quand on demande à Jean-Claude Lumaret, directeur général de Carbios, de décrire le positionnement de la société qu’il a créée en avril 2011, il détaille lettre par lettre. Le C symbolise la chimie verte « qui est quelque chose qui nous anime avec Philippe Pouletty depuis de nombreuses années », souligne le dirigeant. Viennent ensuite le A d’agroressources et le R de recherche. « Car nous voulons apporter des innovations de ruptures, précise-t-il. Nous avons utilisé le B de biopolymères, qui sont les constituants essentiels des matériaux plastiques. Nous regardons ce marché et sa croissance. Le I reflète notre vision industrielle. Nous voulons traduire un besoin identifié et la recherche académique, de manière à l’appliquer et la mener jusqu’au niveau de la grande industrialisation ». Le O a été choisi pour les opportunités. Jean-Claude Lumaret entend ainsi saisir les opportunités d’accéder « à un capital qui permette de porter ses projets et aux outils de la France pour l’innovation ». Enfin, le S signifie sécurisation, « être sûr que ce que je fais est soutenu par une propriété intellectuelle forte », indique le dirigeant.

Les premières actions de la jeune société s’inscrivent dans ce descriptif. D’abord en termes de propriété intellectuelle. Le dirigeant a commencé par nouer des relations avec le CNRS afin de « capter très en amont des brevets naissants » de l’organisme. Carbios a ainsi acquis deux licences avec les droits exclusifs sur des technologies issues du CNRS et a déjà déposé en propre quatre demandes de brevets. Ces brevets portent notamment sur des matériaux biologiques identifiés par le CNRS et qui pourraient avoir une activité de dégradation de polymères. Car la société s’intéresse à la fin de vie des plastiques, issus des agroressources mais aussi de la pétrochimie. « À partir d’enzymes identifiées, nous voulons pouvoir traiter une dizaine de polymères différents. Nous travaillons également en métagénomique pour proposer du design à façon d’enzymes en fonction du polymère à dégrader », indique Jean-Claude Lumaret.

Les travaux de recherche initiés par la jeune société le sont essentiellement à travers le consortium Thanaplast créé fin 2012 et dont elle est le chef de file. Doté d’un budget de 22 M€, le projet Thanaplast réunit le CNRS, l’Université de Poitiers, l’Inra et les sociétés Barbier, Ulice (groupe Limagrain), Deinove. L’objectif de ce projet est de « donner une véritable valeur industrielle à la fin de vie des matériaux plastiques de fin de vie, en développant des technologies innovantes capables de produire, transformer et recycler un très grand nombre de plastiques à partir de procédés brevetés utilisant des enzymes ». Carbios, qui porte ce projet, apporte 15 M€, dont 6,8 M€ provenant d’une aide Oseo.

Des recherches autour de trois thèmes

Trois thèmes de recherche ont été définis pour le consortium. Le premier concerne des plastiques biodégradables. Contrairement aux solutions existantes, le consortium ne cherche pas à modifier la matière première pour apporter cette fonction au polymère composant le plastique. Les recherches portent sur l’intégration d’enzymes dans le matériau pour le détruire de manière contrôlée. « Nous travaillons sur l’encapsulation d’enzymes dans les films souples utilisés notamment pour des usages domestiques. Il faut ensuite gérer la cinétique de ces plastiques pour qu’ils s’autodégradent en fin de vie. Une cinquantaine de millions de tonnes de plastiques pourraient être concernés par cette application », détaille Jean-Claude Lumaret. Le deuxième thème porte sur le recyclage de plusieurs types de plastiques. Le directeur général de Carbios fait le constat qu’ « il est impossible de refaire le même polymère que celui d’origine après les opérations de recyclage actuelles ». Pour empêcher la perte de valeur du matériau, le consortium cherche à utiliser ses enzymes pour permettre de revenir aux monomères d’origine, constituants du polymère. « Cette technique permettra une revalorisation des déchets plastiques, un maintien de la valeur et une diminution de l’impact environnemental », précise le dirigeant. Enfin, le dernier axe de travail du consortium devrait combiner les résultats des deux précédents afin de réduire les coûts de production des bioplastiques. Pour tous ces projets, outre l’identification des enzymes, le grand défi entrevu par le dirigeant est de pouvoir les inclure dans les procédés à haute température de la plasturgie. « Nous devons maintenir l’activité biologique au-delà de 100 °C », précise Jean-Claude Lumaret.

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