Adhésifs : Bostik vise 15 % de matières premières renouvelables

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Bostik est un fabricant de colles.
Bostik est un fabricant de colles.

Article paru dans la revue Formule Verte n°18 / juin 2014

La filiale de Total spécialisée dans les solutions de collage se positionne autour de l’utilisation de matières premières issues du renouvelable. « Aujourd’hui, nous utilisons environ 7 % de matières premières issues du renouvelable, en excluant les matières minérales. Notre objectif est d’atteindre 15 % d’ici à 5 ans », affirme Bernard Pinatel, p-dg de Bostik. Pour ses 125 ans, la société a présenté sa stratégie d’innovation. Et parmi sa « vision pour le futur dans notre industrie », le dirigeant a détaillé quatre axes de travail. D’abord le développement de colles fonctionnelles pour améliorer l’efficacité thermique des bâtiments notamment, l’allègement des matières utilisées, le recyclage et enfin l’utilisation de matières premières issues de ressources renouvelables avec un travail sur les propriétés fonctionnelles et l’amélioration des performances. De premières gammes existent et notamment une colle pour le papier peint entièrement avec de l’amidon, selon Christian Klopfenstein, dg adjoint France de Bostik. « Nous avons déjà de nombreux produits qui utilisent des matières premières renouvelables », détaille Laurent Néry, responsable du Centre de recherche de Coubert, spécialisé sur les adhésifs et les mastics à destination des secteurs de la construction et du grand public. Il précise : « Il y a la colle à papier peint à 100 % avec de l’amidon issu de la pomme de terre. L’amidon est pré-gélatinisé pour être ensuite vendu sous forme de poudre soluble à froid. Bostik propose aussi des colles pour les revêtements muraux avec 10 à 15 % d’amidon de blé, des colles pour revêtements de sols souples utilisant jusqu’à 15 % de dérivés de la colophane en tant que résines tackifiantes. Nous avons également remplacé des plastifiants issus du fossile par des plastifiants biosourcés comme les esters d’isosorbide ».

3 % du chiffre d’affaires consacré à la R&D

Pour le développement des nouveaux produits, Bostik consacre 3 % de son chiffre d’affaires à la R&D. « Nous étions à 2 % il y a 4 ans. Cela témoigne de l’intensité de notre R&D », souligne Bernard Pinatel. Il cite les investissements en cours en France. Au total Bostik investit 21 M€ pour la construction du Centre d’excellence R&D européen à Venette (Oise) et de l’atelier européen de polyester sur le site de Ribécourt (Oise). Le premier devrait être inauguré en septembre 2014 tandis que l’inauguration du second est prévue en mai 2014. Au total une cinquantaine d’emplois devraient être créés. Et les recherches portent notamment sur l’intégration de matières premières renouvelables. Outre la poursuite de l’utilisation d’amidon, de plastifiants biosourcés, etc., la recherche Bostik s’intéresse à d’autres matières agrosourcées. « Nous étudions l’utilisation de gomme de guar comme agent anti-sédimentation dans les enduits de lissage ou l’huile de ricin utilisée comme un polyol dans la fabrication des polyuréthanes. Nous avons travaillé à l’introduction de fibre de chanvre dans le mortier des colles pour carrelage afin d’apporter de la flexibilité et de la résistance thermique », indique Laurent Néry.

Si le responsable du laboratoire de recherche ne voit « pas de produit dans lequel il est impossible de faire entrer du biosourcé ni de produit pour lequel c’est très aisé », il note certains freins. D’abord en termes de coût de la matière première. « À propriété équivalente, la matière première renouvelable est pratiquement 1,8 fois plus cher que la matière première issue du pétrole. Il faut donc que le biosourcé offre des propriétés plus intéressantes. C’est le cas de certains plastifiants qui sont beaucoup plus efficaces alors que nous divisons par deux les quantités de matières », détaille Laurent Néry. Un autre frein concerne la disponibilité des ressources. « Avant de démarrer un projet, nous devons avoir une idée de la disponibilité sur le long terme. Il y a également le risque lié au nombre de fournisseur. Bien souvent le nombre d’acteurs est limité. Nous ne voulons pas nous retrouver sans volumes si il y a un problème en étant monofournisseur ». Parmi les freins à l’adoption des matières premières renouvelables, Laurent Néry cite la constance de la qualité : « Nous avons besoin d’une qualité constante alors que les matières sont issues de différentes récoltes, d’endroits différents, etc. » Enfin, le responsable du laboratoire de recherche n’oublie pas la mise en place d’analyse de cycle de vie. « Il faut être vigilant. Ce n’est pas parce que c’est bio que c’est toujours meilleur d’un point de vue impact environnemental. Il peut y avoir des matières qui demandent énormément d’eau par exemple. Les ACV permettent de vérifier l’impact global », souligne-t-il. L’intégration de matières biosourcées aux produits de la filiale de Total se fait ainsi petit à petit afin de franchir les freins essentiellement économiques et conserver la technicité des produits.

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