Bioraffinerie oléagineuse : La société Pivert déroule son programme dans le respect de son calendrier

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Paru dans Formule verte n°27

En périphérie de Compiègne, les installations de la SAS Pivert sont désormais sorties de terre. Par le financement de programmes de recherche innovants et un accompagnement en développement de procédés, la SAS Pivert espère contribuer à la construction de nouvelles installations industrielles sur notre territoire, capables de transformer de la biomasse oléagineuse en produits chimiques innovants.

Gilles Ravot, directeur général de SAS Pivert. ©Pivert SAS

L’idée germait depuis 2011 avec sa labellisation dans le cadre du programme des investissements d’avenir (PIA). Mais, officiellement, c’est en juin 2013 qu’a été donné le véritable coup d’envoi de la SAS Pivert dont la finalité est de porter l’Institut Pivert et d’incarner sa vision économique. On parlait à l’époque d’IEED (Institut d’excellence sur les énergies décarbonées) pour qualifier ce nouvel institut. La loi sur la transition énergétique est passée par là et le terme consacré est aujourd’hui celui d’ITE (Institut de transition énergétique). Quoi qu’il en soit, l’objectif de la SAS Pivert est toujours le même : soutenir les agriculteurs et la production hexagonale dans le domaine des oléagineux en leur proposant de nouveaux débouchés dans le secteur de la chimie, sachant que cette dernière veut diversifier ses matières premières dans le monde végétal pour s’affranchir de sa trop grande dépendance aux ressources fossiles. Un point important est aussi que l’institut cherche à poser les bases de la bioraffinerie oléagineuse du futur, où la plante oléagineuse entière trouverait une voie de valorisation. La biomasse de prédilection est ici le colza, le tournesol et le soja, disponibles en région. De façon plus marginale, la moutarde et la cameline.
La SAS Pivert a ainsi pris ses quartiers à Venette, dans le parc technologique des Rives de l’Oise, en périphérie de Compiègne (Picardie), dans un bâtiment modulaire de 6000 m2, sorti de terre grâce au concours de Lebas Industries, et dont une partie dédiée au stockage et à la préparation de la matière première végétale est encore en cours d’aménagement.
Pour financer cette ambition, la SAS Pivert s’est vu octroyer par le PIA un budget de 64 millions d’euros sur neuf ans. Il a été complété à hauteur de 4 M€ par l’ARC (Agglomération de la région de Compiègne) et de 4 M€ par la région (à l’époque, la Picardie) pour atteindre 72 M€ sur la période 2012-2020.

Fédérer les compétences et les talents
En échange, l’institut a promis de fournir de la propriété intellectuelle autour de procédés ou de produits, de la maturation pour donner à cette propriété intellectuelle une « consistance technique et économique », afin de concéder ensuite des licences à des entreprises en vue d’une industrialisation. De cette façon, la SAS Pivert contribue à « dérisquer des techno­logies », ce qui permet à des industriels de se lancer plus sereinement dans des projets d’industrialisation. Les premiers bénéficiaires des travaux de la SAS Pivert sont les 10 membres du Club des industriels Pivert (CIP) qui, moyennant une cotisation, ont un accès prioritaire à toute la production de l’institut.
Pour mener à bien cette stratégie, la SAS Pivert a construit son action autour de quatre grands axes : la recherche avec le programme Genesys, le dévelop­pement et la démonstration avec le Biogis Center, l’industrialisation avec des projets de Maturation et l’axe Compétences et Formation dans la mesure où la SAS Pivert contribue à former de nombreux doctorants et aussi à identifier les besoins de la filière. étonnement : pour remplir ces objectifs, pas besoin d’équipes pléthoriques. La SAS Pivert n’emploiera que 25 salariés, fin 2016, et probablement une trentaine à la fin de l’année prochaine avec, à sa tête, Gilles Ravot. Car l’idée est avant tout de fédérer les compétences et les talents là où ils se trouvent. Ceci est particulièrement vrai pour tout ce qui relève de la recherche et de l’innovation. « La recherche en France est de bonne qualité, mais elle est disséminée sur tout le territoire. Notre idée est de structurer la recherche en chimie du végétal sur base oléagineuse », explique Gilles Ravot. D’ailleurs, le programme de recherche de la SAS Pivert n’est pas mené dans les locaux de l’institut mais par un imposant consortium constitué d’une cinquantaine de laboratoires parmi les meilleurs français dans différents domaines. Ces laboratoires sont mobilisés à l’occasion d’appels à projets. Le programme Genesys est piloté par la SAS Pivert qui s ‘appuie sur le professeur Catherine Sarazin pour la coordination des activités scientifiques et un Comité d’orientation stratégique, présidé par Pierre Monsan, président fondateur du TWB à Toulouse, pour valider ses axes prioritaires.

Une plateforme technologique modulaire et évolutive
Ce que la SAS Pivert nomme le Biogis Center correspond à sa plateforme technologique modulaire et évolutive de 6 000 m2. Outre des zones de stockage et de conditionnement de la biomasse, elle abrite des ateliers pilotes en biotechnologie, chimie catalytique, traitement de la biomasse, formulation, ainsi qu’un laboratoire d’analyses et une zone micropilote pour la prise en main des procédés. Dans ces lieux sont réalisés les développ­ements de procédés pour le club d’industriels, mais Gilles Ravot explique qu’en parallèle la SAS Pivert va compléter son offre avec une stratégie produits propriétaires. « Certaines de nos innovations ne se limitent pas en termes de potentiel applicatif aux domaines d’activité dans lesquels les industriels adhérents du club sont actifs. C’est pourquoi, nous réfléchissons à un ou deux marchés que l’on pourrait adresser en propre. Ceci nous permettrait de compléter notre dispositif en allant jusqu’à la production, le cas échéant, à travers une filiale dédiée », explique Gilles Ravot qui annoncera, d’ici à la fin de l’année, les domaines qui ont été retenus.
C’est toujours dans ce Biogis Center que sont suivis les projets dits de « Maturation ». Les travaux menés correspondent alors à la phase ultime de mise à l’échelle avant l’industrialisation de nouveaux procédés ou la commercialisation de nouveaux bioproduits. à titre d’exemple, la SAS Pivert s’apprête à héberger la jeune société innovante Evertree qui conçoit et développe des alternatives aux intermédiaires chimiques traditionnels générant des COV et entrant dans la composition de ces produits (voir article p. 11). La première application concerne l’industrie des panneaux de bois composite et doit permettre de réduire, voire de supprimer la présence de formaldéhyde – et l’exposition à cette substance. Issus du tourteau de colza, les produits et technologies mis au point par Evertree ouvrent ainsi la voie à une nouvelle génération de panneaux de bois composite plus économiques, sans risque pour la santé et respectueux de l’environnement. Des surfaces sont encore disponibles pour répliquer ce modèle à d’autres projets.
à noter enfin que la SAS Pivert entretient des partenariats privilégiés avec des établissements aux compétences complémentaires. Ainsi, l’institut n’a pas investi dans des outils de trituration de graines, pas plus qu’il ne travaille à développer des technologies de fragmentation de biomasse lignocellulosique où les partenariats sont privilégiés.  En revanche, il compte parmi ses partenaires Olead à Pessac (filiale entre l’Iterg, Terres Inovia et Avril) ou encore Extractis à Amiens (ex-CVG).
Aujourd’hui, à trois ans du coup d’envoi, Gilles Ravot est satisfait du chemin parcouru : « Nous sommes en ligne avec notre feuille de route qui se découpe en 3 fois 3 ans. On vient de finir la première période avec la construction de notre objet et le financement de nombreux projets de recherche à hauteur de 50% de notre budget. Nous entamons désormais la deuxième période avec le démarrage de projets de maturation et l’accueil d’entreprises innovantes comme Evertree. La troisième période sera consacrée à notre stratégie de développement de produits propriétaires. Nous y pensons déjà ». Car, à l’horizon 2020, Pivert vise l’autonomie financière. « Pivert doit pouvoir être autonome pour perdurer, conclut Gilles Ravot. C’est le principal défi qu’il reste à relever. »

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