Bioplastique: vers la suppression totale des sacs à usage unique?

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Article paru dans la revue Formule Verte n° 19, septembre 2014.

Le gouvernement a voté en juin dernier un amendement visant à la suppression des sacs plastiques à usage unique du commerce. Une mesure accueillie de manière très diverse par les parties concernées du secteur de l’emballage et de la plasturgie.

Depuis plusieurs années, la pollution des emballages plastiques est devenue une préoccupation écologique importante. Conscients de cette problématique environnementale, les secteurs de la grande distribution et de la plasturgie ont initié des actions pour limiter le recours aux sacs à usage unique, parvenant à réduire la distribution de sacs de sortie de caisse de 15 milliards d’unités en 2003 à environ 650 millions en 2012. Le 26 juin dernier, le gouvernement a adopté un amendement sur l’utilisation des sacs plastiques à usage unique dans le cadre de la loi sur la biodiversité. « Il ne s’agit pas de la première tentative pour réguler l’utilisation de ce type d’emballage. En 2010, une loi avait été votée prévoyant une taxe de six centimes d’euros par sac. Mais le décret d’application n’a jamais été publié », se souvient Marc Madec, directeur du développement durable au sein de la Fédération de la plasturgie et des composites (FPC). Le texte adopté préconise la suppression totale au 1er janvier 2016 des sacs plastiques à usage unique : cela concerne aussi bien ceux de sortie de caisse des grandes surfaces, que les autres distribués dans les petits commerces (pour les produits frais ou les denrées non alimentaires). Ces sacs devront être remplacés au profit des sacs réutilisables, biosourcés, biodégradables et compostables (en compostage domestique).

Si la décision a été saluée par les organisations écologistes et les industriels des bioplastiques, elle a été nettement moins bien accueillie du côté des plasturgistes « classiques ». « Cette position est assez contradictoire, car le gouvernement fait la promotion d’une économie circulaire, mais donne la possibilité d’introduire des sacs tiers », s’étonne Marc Madec (FPC). Avant de compléter : «  Sachant que le secteur a déjà consenti à des efforts concernant ce sujet, nous pensons que la suppression totale est quelque peu disproportionnée »Un avis que partage Michel Fontaine, président du Conseil national de l’emballage (CNE) : « L’objectif de diminution drastique des sacs à usage unique par la grande distribution est atteint puisque 95% des quantités ont disparu en dix ans. Ces sacs ne représentent maintenant que 0,01% des emballages en plastique. Malheureusement, nos “politiques“ sont prompts à légiférer sur ce type de problème plutôt qu’à se confronter à des sujets infiniment plus lourds concernant la transition énergétique (rénovation de l’habitat, transports, nucléaire, etc.) ».

Prendre exemple sur le modèle italien ?

Pour compenser la disparition des sacs à usage unique d’ici à 2016, le gouvernement veut privilégier l’emploi de sacs biosourcés et biodégradables. Une décision qui divise au sein de l’industrie de l’emballage. « Nous sommes satisfaits de cette décision chez Novamont. Nous espérons que cela permettra le développement de l’utilisation généralisée des sacs biosourcés en France à l’instar de ce qui s’est passé en Italie depuis 2011 », indique Christophe Doukhi de Boissoudy, directeur général de Novamont France, spécialisé dans la production de bioplastiques. De son côté, la FPC estime qu’il y a d’autres solutions avant d’opter pour ce type de sacs : « Bien que les sacs biosourcés et biodégradables aient un intérêt certain, je pense qu’il serait plus judicieux de promouvoir les sacs en matières recyclées. La filière de recyclage est déjà en place, et il ne faut pas la remettre en cause. De plus, l’extension des consignes de tri des emballages plastiques prévue d’ici à 2022 favorisera le recyclage », explique Marc Madec (FPC). En outre, un doute subsiste concernant la fin de vie des emballages biosourcés et biodégradables. « Selon certaines études, l’intégration de sacs plastiques biodégradables dans la filière classique du recyclage induit une diminution de la qualité du sac recyclé obtenu », soutient Marc Madec (FPC). Un argument que Christophe Doukhi de Boissoudy réfute : « Selon des tests réalisés par la Conai (ndlr : Conseil national de l’emballage italien), l’intégration de 10 % de plastique biodégradable n’a aucun effet dans le procédé de recyclage ».

Quoi qu’il en soit, les industriels français de l’emballage devront faire face aux exigences prévues à l’échéance 2016. Pour assurer cette transition, le secteur possède déjà de solides arguments, comme l’affirme Christophe Doukhi de Boissoudy (Novamont). « La France est le pays européen comptant le plus d’acteurs dans le domaine des bioplastiques sur son territoire, par exemple Barbier, Sphere, Roquette, ou encore Vegeplast ». Reste à savoir si le texte de loi fera bien l’objet d’un décret d’application.

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