Bioéconomie : l’agriculture comme solution pour le climat

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L’agriculture est appelée à jouer un rôle central dans le futur de part sa faculté à nourrir les hommes, mais également à piéger du CO2 dans les sols ou à fournir de la biomasse pour l’énergie, la chimie et les matériaux.

« L’agriculture n’est pas un problème, c’est une solution » a déclaré Claude Roy, président du club des Bioéconomistes, en ouverture d’une journée organisée par le think tank Saf agr’idées, en collaboration avec la Fondation Jacques de Bohan, qui avait pour vocation d’examiner la contribution de l’agriculture et de la bioéconomie dans la lutte contre le changement climatique. « Ce n’est pas la fin du monde, mais le début d’un monde fini » a-t-il ajouté à propos des grands défis critiques du siècle qu’il va falloir relever : démographie et vieillissement, climat, épuisement des réserves d’hydrocarbures, suffisance alimentaire et des ressources en eau. Or selon Claude Roy, « il n’y a que trois issues de secours pour sortir de ce guêpier », il faudra être sobre, remplacer nos sources d’énergie par des solutions sans carbone fossile et être capable de stocker du carbone. Or dans ces 3 cas, la bioéconomie peut intervenir avec l’avantage d’influer positivement sur notre économie en amenant de la création d’emplois. D’ailleurs dans les débats préparatoires de la COP21, il s’est félicité que l’on ait su réintégrer les contraintes alimentaires et l’agriculture intensive dans la balance. « La pompe à carbone de la photosynthèse reprend du galon après avoir été longtemps stigmatisée » ajoute Claude Roy.

Les agriculteurs, nouveaux acteurs de la production d’énergie

Catherine Hablbwachs, déléguée générale à la stratégie et prospectives CFE-CGC énergies, a très bien expliqué en quoi un exploitant agricole pouvait contribuer à la stratégie nationale bas carbone*. Il peut consacrer les toits de ses hangars à l’installation de panneaux solaires, construire des éoliennes dans ses champs, convertir ses déchets organiques en biogaz grâce à des méthaniseurs, utiliser du matériel agricole fonctionnant aux biocarburants ou à l’électricité… Mais sa principale contribution viendra de ses prairies, de ses forêts et de ses sols agricoles capables de séquestrer du carbone à grande échelle. Christian Rousseau, président délégué en charge de l’agriculture et de l’innovation chez Vivescia, a insisté sur cette capacité des sols à capter du carbone, mais qui, d’un point de vue agronomique, implique une production intensive, le maintien de forêts, de haies, la mise en place de cultures intermédiaires.

Cette capacité des sols à stocker du carbone est aussi au coeur de la stratégie 4 pour 1000, défendue par le ministre de l’Agriculture Stéphane le Foll. Il s’agit d’un programme de recherche agronomique international dont l’objectif est d’augmenter le contenu de matière organique dans les sols de 0,4% par an. A l’avenir, les agriculteurs pourraient même tirer des revenus complémentaires de leur capacité à stocker du carbone sur leurs terres, comme cela existe déjà dans quelques pays. Jean-François Soussana, directeur scientifique environnement à l’Inra, a estimé sur le fait que cette initiative 4 pour 1000 pourrait contribuer à restaurer certains sols dégradés et jouer positivement sur les rendements. Reste que cela ne se fera pas sans un minimum d’investissements. Un prix raisonnable de la tonne de carbone pourrait faciliter la mise en œuvre de ce stockage à grande échelle.

Une agriculture du futur en préparation

Invité à la tribune, Maximin Charpentier, président de l’association « Agroressources et bioéconomie de demain », est un agriculteur de Champagne Ardenne, fortement impliqué dans la lutte contre le changement climatique. A travers son association, il participe au projet Ferme 112, une ancienne base aérienne de 550 ha qui est train d’être reconvertie en lieu d’expérimentation pour mettre au point des systèmes agronomiques les plus performants possibles (systèmes de culture, rotations, couverts végétaux…), améliorer le machinisme agricole et former les acteurs. « C’est la partie amont du pôle de compétitivité IAR sur la gestion de la ressource » a-t-il expliqué pour situer la ferme 112 dans les programme mis en place en Champagne Ardenne autour de l’exploitation et de la valorisation de la biomasse. A noter que cette ferme 112 se situe à seulement quelques kilomètres de la bioraffinerie de Bazancourt-Pomacle (Marne).

Olivier Compès, directeur régional ERDF, et Anthony Mazzenga, délégué stratégie GRDF, ont confirmé qu’il fallait désormais compter sur les agriculteurs pour la production d’électricité renouvelable et de biogaz. Dans la filière du biogaz, déjà 12 méthaniseurs agricoles (sur un total de 16) ont été raccordés au réseau national et GRDF aurait quelques 350 projets en portefeuille. Et Anthony Mazzenga a qualifié la méthanisation de « filière futée ». Elle permet de produire des énergies renouvelables puis des digestats pouvant retourner au sol pour une valorisation complète des déchets.

Tous ces nouveaux défis de l’agriculture ont à nouveau été résumés par Philippe Lecouvey, membre de la mission agriculture innovation 2025, venu présenter un document intitulé « 30 projets pour une agriculture compétitive et respectueuse de l’environnement », qu’il venait de remettre au gouvernement.

La chimie du végétal, composante clé de la bioéconomie

Enfin, la chimie du végétal n’a pas été oubliée comme composante clé de la bioéconomie de par sa capacité à remplacer des produits chimiques d’origine fossile par des produits dérivés de végétaux. Pour en parler, Thierry Stadler, président du pôle de compétitivité IAR, a été invité à la tribune aux côtés de Christophe Rupp Dahlem, président de l’Association Chimie du Végétal. Ensemble, ils se sont félicités d’un projet de stratégie nationale sur la bioéconomie, avec une feuille de route en cours d’écriture. Julien Dugué a précisé qu’il s’agit d’« une initiative interministérielle » entre le ministère de l’agriculture auquel il appartient, le ministère de l’économie, le ministère de l’environnement et le ministère de la recherche.

Dirk Carrez, directeur exécutif du consortium BIC, a rappelé que l’Europe a déjà adopté une stratégie pour la bioéconomie en 2012, avec un focus sur la production de produits biosourcés et de biocarburants. Aujourd’hui, le consortium qu’il dirige est directement impliqué dans le PPP BBI (Public Private Partnership on Biobased Industries) qui vise à injecter 3,7 milliards d’euros sur 10 ans dans l’économie biosourcée. Ian Hudson, président de DuPont était également présent à la tribune, en tant que représentant d’une des sociétés pionnières de la chimie biosourcés. Il y a 10 ans, son groupe lançait avec succès du propanediol à base de maïs pour entrer dans la composition de polyesters. En octobre 2015, il a inauguré la plus grande usine au monde d’éthanol cellulosique aux Etats-Unis, représentant un investissement de l’ordre de 300 millions d’euros.

Une capacité à relever les enjeux climatiques

La conclusion de cette journée est revenue à Olivier de Bohan, agriculteur, président de la coopérative Cristal Union et de la Fondation Jacques de Bohan. Il a souligné le rôle essentiel qu’allait jouer l’agriculture dans le futur non seulement pour nourrir 9 milliards d’êtres humains, mais aussi pour relever des enjeux climatiques. « Nous allons venir à la rescousse de la société. C’est un appel à l’optimisme pour notre profession. Celui qui aura la ressource aura la richesse. L’agriculture est la clé de tout » a conclu Olivier de Bohan avec force de conviction.

 

*La stratégie nationale bas-carbone (SNBC) est instaurée par la loi n°2015-992 du 17 août 2015, relative à la transition énergétique pour la croissance verte. Elle définit la marche à suivre pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre (GES). Elle fixe le cap pour la mise en œuvre de la transition vers une économie bas-carbone et durable. Elle facilite le pilotage des politiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre par les décideurs publics. La stratégie nationale bas-carbone vise l’objectif de division par quatre des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2050, mais permet également de respecter les budgets carbone fixés pour les périodes 2015-2018, 2019-2023 et 2024-2028, ainsi que l’engagement de la France auprès de l’Union européenne, de réduire de 40% ses émissions de GES en 2030.

 

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