Interview de Dick Carrez, directeur du Bio-based industries consortium (BIC)

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Dick Carrez
Dick Carrez, directeur exécutif du BIC.

Article paru par dans Formule verte n°26 : Créé en 2013 dans le cadre du partenariat public-privé Biobased Industries Initiative (PPP BBI), le consortium d’industriels BIC (Bio-based Industries Consortium) œuvre à la préparation des appels à projets. L’organisation a également élargi son champ d’actions autour d’accès aux financements pour des projets de pilotes, démonstrateurs et unités industrielles. Rencontre avec Dirk Carrez, directeur exécutif du consortium.

Formule Verte : Pouvez-vous nous présenter le consortium Bio-based Industries (BIC) ?
Dirk Carrez : Nous sommes partis du constat que de nombreuses entreprises partaient aux états-Unis pour obtenir des fonds publics pour leurs projets de démonstration. En Europe, beaucoup d’entreprises recevaient des fonds pour leur R&D, puis partaient pour traduire leurs résultats en projets de démonstration puis en flagships (premiers sites de production). Des discussions ont été entamées avec la Commission européenne et les entreprises du secteur en 2012-2013. L’objectif était la mise en place d’un partenariat public-privé autour de l’industrie du biosourcé, le PPP BBI (Biobased industries initiative) {N.D.L.R., ce PPP est créé pour la période 2014-2020 avec un budget total de 3,7 Mrds €}. La Commission a alors demandé que les industriels se réunissent dans une entité légale pour représenter les partenaires « privés ». C’est comme ça qu’est né le Bio-based Industries Consortium (BIC).

Aujourd’hui, que représente le BIC ?
D.C. : Le consortium compte 70 entreprises et organisations industrielles. Plus de la moitié sont des grandes entreprises. Le reste est constitué de PME et de clusters. Nous avons également 150 membres associés. Ce sont de grands centres de recherche, des universités mais aussi aujourd’hui des banques et des régions.

Quelles sont les actions du BIC ?
D.C. : Notre tâche principale repose sur notre qualité de partenaire privé du PPP BBI. Chaque année, le BBI publie un appel à projets autour de sujets de recherche, de démonstration et de flagship. Ce dernier est une première usine de production innovante en Europe. Le BBI publie ce « call », mais c’est le BIC et ses membres qui rédigent le contenu du programme en concertation avec le partenaire public (la Commission européenne). De ce fait, et bien que tout le monde puisse répondre à ces « calls »,, les membres de BIC ont un avantage compétitif pour développer une proposition gagnante. Ensuite, BBI sélectionne les projets avec un groupe d’experts indépendants. On remarque néanmoins que, dans tous les consortiums gagnants jusqu’à maintenant, il y a toujours des membres de BIC.

Quel est le premier bilan des appels à projets 2014 et 2015 ?
D.C. : Le premier « call » a été lancé en 2014. Les projets sélectionnés ont été lancés mi-2015. Le budget public était de 50 millions d’euros. à ce budget s’ajoutent les fonds apportés par les entreprises de chaque projet. Au total, 10 projets ont été retenus : un flagship, deux projets de démonstration et sept projets de recherche.
L’an passé, le BBI a d’abord lancé un « call » spécifique pour les flagships. Trois grands projets vont être lancés, cet été, avec chacun un budget public de 25 M€. En 2015, un deuxième « call » a été réalisé, avec un budget de 106 M€. Il a permis de retenir 23 projets dont 9 de démonstration. En termes d’investissements, les deux premiers appels représentent près de 225 M€ de fonds publics et correspondent à environ 1,3 Mrd € d’investissements supplémentaires venant des entreprises. Quatre sites de production vont être construits avec également un impact positif sur l’emploi.

Y a-t-il des pays mieux représentés dans ces appels à projets ?
D.C. : Effectivement, nous constatons que les pays avec beaucoup de membres au BIC sont ceux qui sont les mieux représentés dans les projets. Ainsi, les pays scandinaves, l’Espagne, les Pays-Bas, l’Allemagne et la Belgique sont très actifs en tant que membres. On les retrouve dans les projets retenus. La France n’est malheureusement pas suffisamment représentée. Bien que de grands groupes industriels soient très actifs en France dans le domaine du biosourcé, il y a peu de membres français au BIC. Alors que la France est à la 3e place en termes de chiffre d’affaires et en 4e place en termes d’emplois dans la bio-économie au niveau européen, elle arrive à la 10e place dans le classement des pays ayant le plus de projets issus du « call » de 2014 et à la 8e place en nombre de participants pour les « calls » de 2015 N.D.L.R., voir graphe}. Nous constatons, par exemple, que nous avons beaucoup de membres en Espagne et que beaucoup de projets y sont financés. Pour devenir membre, il suffit d’avoir une activité dans le domaine, de s’inscrire sur le site Internet du BIC et de payer une cotisation. Cela permet ensuite d’avoir accès aux « programming working groups » et d’influencer directement le contenu des « calls ».

Les pays européens sont-ils les seuls représentés ?
D.C. : Le principe du PPP BBI est que tous les investissements doivent être réalisés en Europe. Au début, seules des entreprises européennes étaient membres et répondaient au « call ». Petit à petit, nous constatons l’intérêt de firmes américaines qui veulent cofinancer des projets. Il y a notamment Coca Cola et DuPont. Ils apprécient le concept de chaîne de valeur. En effet, un projet est lancé, uniquement si on peut rassembler tous les acteurs de la chaîne de valeur : du fournisseur de la biomasse jusqu’au produit en passant par la conversion de la matière… L’objectif est de développer une chaîne de valeur durable et compétitive.

Quels premiers effets positifs constatez-vous depuis 2014 ?
D.C. : Outre cet intérêt des pays hors de l’UE, nous voyons l’émergence de plus en plus de collaborations cross-sectorielles. Quand nous avons lancé le partenariat, chaque secteur de la bio-économie était un peu isolé, chacun restant dans son petit cocon. Petit à petit, en discutant à travers les programmes, les acteurs ont identifié des synergies les uns avec les autres. Des industriels de la pâte à papier, des chimistes… Nous voyons aujourd’hui de nouvelles chaînes de valeur qui s’organisent en intégrant différents secteurs industriels. Et de plus en plus d’entreprises agroalimentaires entrent dans le consortium. Ainsi, dans le programme 2016, un budget de 40 M€ est réservé à deux grands flagships pour transformer les déchets de l’industrie alimentaire en produits à valeur ajoutée.

Justement, en avril, l’appel à projet 2016 a été lancé. Pouvez-vous détailler ce programme?
D.C. : Pour ce « call », le PPP BBI dispose d’un budget de 180 M€. L’objectif est de lancer trois projets flagships, et plusieurs projets de démonstration et de recherche. Les dossiers doivent être déposés avant le 8 septembre 2016. Au niveau de la recherche, on remarque de nouveaux sujets comme la biomasse marine, le contrôle des contaminations et les biomatériaux pour l’emballage alimentaire. Les sujets démo couvrent, par exemple, les polymères et les plastiques biosourcés avec de nouvelles fonctionnalités. Et il y a aussi un budget prévu pour des flagships comme la production de nouveaux plastiques innovants ou la transformation des déchets de l’industrie alimentaire en nouveaux produits biosourcés.

Outre votre rôle autour de ces appels Articleà projets, vous développez une action sur le financement en Europe. Comment cela s’articule-t-il ?
D.C. : Notre priorité n°1 est de stimuler l’innovation. Mais nous regardons également le cadre réglementaire qui permet de stimuler les projets ou d’attirer des investissements en Europe. Les fonds BBI sont une première avancée, mais ils ne sont pas suffisants. Nous travaillons avec la Banque européenne d’investissement pour permettre aux entreprises d’accéder à des prêts ou des garanties. D’autres acteurs sont les régions. Elles reçoivent des fonds de l’Europe et ont de plus en plus des activités dans le domaine de la bio-économie. Nous regardons comment il est possible de stimuler les régions pour qu’elles co-investissent dans certains projets, ou qu’elles investissent, par exemple, dans la logistique de la biomasse pour faciliter l’essor de la filière. L’objectif est d’attirer et de soutenir l’investissement privé dans le domaine de la bio-économie en Europe. Nous voyons déjà dans ce domaine une évolution positive, à travers une étude réalisée chaque année auprès de nos membres. En 2015, ils déclaraient 2 milliards d’euros d’investissements programmés en infrastructures, projets de démonstration et flagships. Cette année, cela dépasse les 4 Mrds € !
Propos recueillis par  Aurélie Dureuil

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