Bilan 2013 : l’industrie chimique se spécialise et se tourne vers le biosourcé

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BASF siège
Le groupe BASF investit massivement dans la chimie biosourcée.

Une année vient de s’écouler. Globalement on pourra retenir que l’industrie chimique n’aura cessé de se segmenter et de se spécialiser. La chimie du chlore, par exemple, est en train d’être sanctuarisée au sein de pure players. Solvay et Ineos ont annoncé en mai leur projet de bâtir un géant européen de 4,3 milliards d’euros par fusion de leurs activités dans une coentreprise dont Solvay se désengagera d’ici quatre à six ans. Puis en décembre, c’est Dow Chemical qui a décidé de faire une croix sur son chlore, en mettant 5 milliards de dollars d’actifs sur le marché. Le chimiste américain a la chance de pouvoir proposer des installations aux Etats-Unis où le coût de l’énergie lui donne un avantage compétitif. En Europe, la chimie du chlore est nettement moins attractive. Elle souffre de surcapacités et peine à être compétitive, tant elle est énergivore. Pour preuve, Kem One, l’ex chimie du chlore d’Arkema, est en train de passer de main en main. Après le groupe Klesch qui, par sa gestion discutable, a bien failli rayer de la carte 22 sites industriels, deux repreneurs se profilent : Alain de Krassny et le fonds OpenGate Capital.

Des choix radicaux

Solvay, Dow Chemical mais aussi Arkema ont donc fait des choix radicaux pour migrer un peu plus vite vers une chimie de spécialités à plus forte valeur ajoutée où la marge d’Ebitda, qui est plus appréciée au delà de 15%, fait office de boussole. Sur la même longueur d’onde, le groupe DuPont a annoncé en novembre un spin off de toute sa chimie de performance. Cette activité, qui représente 7,2 milliards de dollars de chiffre d’affaires, englobe notamment son fameux Teflon et son dioxyde de titane. On reconnaît à peine le groupe américain qui un an plus tôt s’était déjà séparé de ses peintures automobiles. Son nouveau périmètre reposera en grande partie sur la bioéconomie avec des activités liées à l’agriculture, la nutrition et les biosciences, auxquels s’ajouteront des matériaux avancés.

Un mot sur la pétrochimie qui se renforce toujours plus en aval au Moyen-Orient et qui renaît aux Etats-Unis grâce à l’exploitation des gaz de schiste. Selon l’UIC, les Etats-Unis ont vu le prix de leur gaz divisé par 6, entre 2008 et 2012, creusant ainsi un écart saillant avec les prix pratiqués en France. Cet avantage compétitif majeur se serait déjà traduit par plus de 100 milliards de dollars d’investissements et la création de plus d’un million d’emplois (directs/indirects) sur le sol américain aux dires de l’American Chemistry Council (ACC).

BASF accélère dans le biosourcé

Dans ce monde de spécialistes, il reste encore des généralistes dont le numéro un mondial BASF. Il a plutôt continué de privilégier ses investissements asiatiques, récemment dans les pigments, tout en réduisant la voilure en Europe où il pâtit toujours de l’héritage de Ciba. Mais ce qu’il y a eu de frappant chez BASF c’est sa quête de plus en plus marquée de diversification de ses matières premières. Le géant de la chimie semble déjà se préparer à la raréfaction du pétrole, qui se traduira un jour ou l’autre par des flambées prix, en se tournant vers le gaz, le CO2 ou les matières premières renouvelables. Grâce à une licence de la start-up Genomatica, il produira bientôt du butanediol biosourcé. Mais BASF est aussi associé à la société Renmatix dont le procédé consiste à produire des sucres en C5 ou C6 à partir de biomasse non alimentaire, de même qu’il a racheté le producteur d’enzymes Verenium. BASF est loin d’être le seul groupe chimique à s’être illustré dans le domaine du biosourcé en 2013. Solvay a par exemple lancé un nouveau bioplastique à base d’acétate de cellulose à l’occasion du salon K à Düsseldorf, tout en continuant de travailler sur plusieurs molécules dans des versions partiellement ou totalement biosourcées : l’épichlorhydrine, le n-butanol, la vanilline ou le polyamide.  Même combat pour Arkema qui a poursuivi ses travaux sur le polyamide (et pas uniquement le PA 11), mais qui s’est aussi engagé aux côtés de la start-up Global Bioenergies dans son projet de bio-isobutène.

Bref en 2013, l’industrie chimique mondiale a encore démontré son agilité et sa capacité d’innovation pour préparer le monde aux défis de demain. Feuilleton passionnant qui connaîtra certainement en 2014 de nouveaux rebondissements.

 

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