Alganelle : des microalgues pour produire de l’acide hyaluronique

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Ghislaine Tissot-Lécuelle, fondatrice d'Alganelle.
Ghislaine Tissot-Lécuelle, fondatrice d’Alganelle.

Article paru dans le magazine Formule Verte N°26 : La jeune société vise la production de molécules à haute valeur ajoutée à partir de microalgues utilisées comme usines cellulaires. Soutenue par le groupe Novacap, elle démarre un développement sur l’acide hyaluronique avec une visée commerciale à l’horizon 2020.

Créée en 2013 par Ghislaine Tissot-Lécuelle, Alganelle est une jeune société de biotechnologie qui se propose de développer et produire des biopolymères, synthons et métabolites à haute valeur ajoutée à partir de microalgues. Les composés visés sont destinés aux industries biomédicales, pharmaceutiques et cosmétiques, avec la promesse de proposer des matières premières non animales, obtenues à partir de procédés respectueux de l’environnement. En plus de son activité de développement de produits en propre, Alganelle souhaite offrir à ses clients l’opportunité d’utiliser sa plateforme pour la production de leurs propres molécules d’intérêt au travers d’études de faisabilité et/ou de co-développement.

Pour mener à bien ses activités, la start-up s’est installée au Bourget-du-Lac. A ses débuts, Alganelle a reçu le soutien du Réseau Entreprendre Savoie qui finance de jeunes entreprises prometteuses, ainsi que de BPI France. En novembre 2015, elle a ouvert son capital au groupe Novacap qui a pris une participation minoritaire. Ghislaine Tissot-Lécuelle explique qu’elle était alors dans une démarche de levée de fonds et de recherche de partenaires : «  Le rapprochement s’est fait naturellement car Novacap est un groupe qui a gardé un esprit entrepreneurial et une volonté de se développer dans les composés bio-sourcés ».

Un savoir faire en ingénierie métabolique

Alganelle est aujourd’hui la seule société française positionnée sur le segment de l’ingénierie métabolique des microalgues. Experte en biologie de synthèse, Ghislaine Tissot-Lécuelle aurait d’ailleurs pu choisir de bâtir son entreprise autour d’autres microorganismes comme les bactéries ou levures. Elle justifie cependant son intérêt pour les microalgues : «  ce sont des micro-organismes unicellulaires et photosynthétiques, dont la diversité des espèces permet de produire des molécules naturelles à haute valeur ajoutée. Grâce à la photosynthèse, les microalgues ont des besoins nutritifs minimes en comparaison de ceux d’autres systèmes biologiques : de la lumière, du CO2, de l’eau et des sels minéraux. Ils ont une croissance rapide en photobioréacteur permettant une bonne reproductibilité, l’absence de saisonnalité et une production contrôlée répondant aux exigences de qualité et environnementales ».

L’entreprise emploie déjà trois jeunes chercheurs de niveau PhD dans ses laboratoires et va déménager dans des locaux plus spacieux. Pour l’industrialisation du procédé, la fondatrice et présidente d’Alganelle entend utiliser des bioréacteurs commerciaux, et bénéficier du savoir-faire de Novacap.

Les microalgues, sources de nombreuses molécules

Les opportunités de développement sont nombreuses : les microalgues sont sources de pigments antioxydants comme les caroténoïdes (astaxantine ou lutéine), d’acides gras polyinsaturés (oméga-3 et 6), de vitamines et de polysaccharides. Parmi toutes ces molécules, Ghislaine Tissot-Lécuelle met l’accent sur l’acide hyaluronique qui a déjà fait l’objet d’un brevet. De la famille des polysaccharides, cette substance, présente dans le corps humain, apporte à la peau hydratation, viscoélasticité et des propriétés cicatrisantes pour des applications en esthétique, rhumatologie ou ophtalmologie. Des débouchés se dessinent dans la délivrance de médicaments, avec l’encapsulation d’anticancéreux.

Aujourd’hui, les procédés de production les plus fréquemment utilisés sont basés sur l’extraction de crêtes de coq issues de déchets d’abattage, ou la fermentation sur streptocoques qui sont des bactéries potentiellement pathogènes, avec des étapes de purification coûteuses pour prévenir tout risque sanitaire. Ces procédés tendent à être concurrencés par de la fermentation sur bactéries modifiées, non pathogènes. Alganelle se profile, quant à elle, comme la première société à proposer de l’acide hyaluronique à partir de microalgues, en ciblant des propriétés différenciantes.

Pour l’heure, le procédé en est encore au stade de la preuve de concept. Il pourrait cependant atteindre le stade pilote dans 2 ans avec la possibilité de délivrer de premiers échantillons. Puis il faudra franchir les étapes de validation réglementaire en vue d’une commercialisation en 2020. Le parcours est encore long, mais avec le soutien de Novacap, Alganelle met toutes les chances de son côté pour atteindre ses objectifs.

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