À Tours, Indena transforme le végétal à grande échelle

Partager cet article avec :

Article paru dans Formule Verte n°21, mars 2015

Installé à Tours depuis 1995, le groupe italien traite chaque année près de 6 000 tonnes de matière végétale. Outre des extraits de Ginkgo biloba ou de pépins de raisin, l’usine ne cesse de diversifier ses productions grâce à une capacité d’extraction de 110 m3.

L’usine de Tours est spécialisée dans le Ginkgo biloba et le pépin de raisin. Crédit : Indena
L’usine de Tours est spécialisée dans le Ginkgo biloba et le pépin de raisin. Crédit : Indena

Société italienne spécialisée dans la production d’ingrédients naturels, Indena opère en toute discrétion sur un site de production à Tours qui emploie environ 120 personnes. Cette usine est entrée dans le giron d’Indena en 1995. À l’époque, le groupe pharmaceutique Synthélabo qui possédait un important site de production à Tours avait décidé de céder la partie consacrée aux matières premières végétales à Indena. Par la suite, Synthélabo a fusionné dans Sanofi. Aujourd’hui, le site d’Indena jouxte un important site de production de Sanofi, haut lieu de la lutte contre la contrefaçon.

Depuis sa construction en 1967 par les Laboratoires Dausse, ce site de Tours a toujours eu une culture pharmaceutique. Son premier agrément GMP remonte à 1995. « Tours est le premier établissement d’extraction végétale à avoir obtenu une certification GMP en France. À l’époque, les ingrédients pharmaceutiques naturels français n’étaient pas certifiés, contrairement à ce qui se passait partout ailleurs à l’international. Nous avions alors réussi à convaincre l’Afssaps car la demande du marché était très forte », se remémore François Mairel, directeur de l’usine. Mais la liste des distinctions ne s’arrête pas là. Le site est certifié HACCP pour les compléments alimentaires, ISO 14001, compte tenu de son faible impact sur l’environnement (le site méthanise déjà ses déchets), FDA Food, Kosher et Halal pour des débouchés dans l’alimentaire. Au fil des années, le domaine du Food a d’ailleurs gagné du terrain sur la pharmacie. « Pas mal de spécialités pharmaceutiques ont été déremboursées et il a fallu repenser les produits en version Health Food », confirme le dirigeant. Aussi, sur un chiffre d’affaires de quelque 35 millions d’euros réalisés par le site de Tours, la part de la pharmacie représente un peu moins de la moitié. Au niveau du groupe, la pharmacie pèse 58 % contre 37 % pour les compléments alimentaires et 5 % pour les cosmétiques.

Dans le monde des producteurs d’ingrédients, Indena a la réputation de faire du haut de gamme, explique Louis Jouffrault, directeur commercial France. François Mairel ajoute qu’il ne faut pas se méprendre. Derrière un nom d’extrait de plante peuvent se cacher des produits extrêmement différents. Il y a des extraits intégraux qui correspondent à une simple macération ou infusion d’une partie de plante, comme le thé vert hydrosoluble utilisé en agroalimentaire. Et puis, il existe des extraits dans lesquels on a concentré une famille de molécules actives contenues dans une partie bien précise d’une plante. De la racine à la feuille, les compositions chimiques sont très différentes ! « Un extrait, c’est une espèce de plante, une partie de plante et un ou plusieurs solvants d’extraction », résume le directeur du site. « Si l’on modifie l’un de ces paramètres, on peut avoir des produits totalement différents en termes d’activité ou de toxicité ». Mais le plus apporté par Indena, c’est sa capacité à pouvoir délivrer une qualité constante en sortie, en dépit de la variabilité de la matière première. François Mairel met d’ailleurs l’accent sur un paramètre important : le rapport massique entre la plante et l’extrait. Il peut aller de 250 à 1, selon que l’on réalise une extraction et une concentration poussées ou pas. Si le groupe Indena propose un très large catalogue d’extraits, dont certains anticancéreux produits dans ses installations à Settala en Italie, le site de Tours travaille une vingtaine de plantes pharmaceutiques ou alimentaires dont les feuilles de Ginkgo biloba. Leurs extraits riches en flavonoïdes sont indiqués pour la protection vasculaire et pour les troubles cognitifs du sujet âgé. Le site est approvisionné en feuilles sèches depuis des coopératives agricoles chinoises qui travaillent sous contrat pour le compte d’Indena et sont surveillées de près par le service achat qui emploie ses propres botanistes.

En termes de procédés, les feuilles de Ginkgo commencent leur traitement dans une ligne dédiée dotée de quatre percolateurs de 8 m3 où le principe actif est extrait par un mélange eau-acétone. Après concentration, le produit enrichi en principes actifs est ensuite traité par différentes extractions liquide/liquide pour le purifier et éliminer les composés indésirables. Cette opération nécessite de grandes quantités de solvants qui seront ensuite recyclées. Le principe actif passe alors en phase organique, puis sera débarrassé de son solvant par évaporation. Le gâteau recueilli est filtré et séché sous vide. Le produit termine son parcours par un conditionnement en salle propre.

Les extraits de pépin de raisin constituent l’autre grande famille de produits du site. Dans ce cas, les molécules d’intérêt, des polyphénols aux propriétés antioxydantes utilisées en pharmacie, en alimentaire et en cosmétique, se cachent dans le tégument qui entoure le pépin. Les pépins traités chaque année dans l’usine suivent quasiment le même parcours que le Ginkgo biloba dans une autre suite d’équipements dédiés. En fin de procédé, les différents extraits de pépin sont séchés par atomisation.

Outre ces deux blockbusters, le site propose d’autres spécialités. Parmi les produits en croissance, François Mairel cite les extraits d’artichaut, de boswellia, de cranberry et d’olive. Le site dispose pour cela d’autres installations phares : deux extracteurs en continu, 5 percolateurs individuels de 4 à 6 m3 et 2 décanteurs horizontaux. Au total, le site dispose de 110 m3 de capacité d’extraction. Et chaque année, il réinvestit environ 5 % de son chiffre d’affaires dans son outil de production.

Partager cet article avec :